Dès l’ouverture, Hurlevent déploie une fresque d’une souveraineté visuelle presque hypnotique : landes infinies fouettées par le vent, décors somptueux, matière lumineuse sculptée avec une minutie d’orfèvre. La mise en scène embrasse le sublime avec une ferveur parfois excessive, mais impose une atmosphère dense, charnelle, presque palpable: un monde plus contemplé que vécu, où la beauté règne, entière, presque tyrannique.
Mais sous la surface, le cœur manque. Le récit s’enferme dans une dark romance aux accents adolescents, souvent plus décorative que déchirante. On cherche la profondeur, la lenteur tragique, la brûlure… Mais tout reste en suspens, comme si l’émotion refusait de s’ancrer.
Le marketing avait promis l’orage ; il livre surtout de la brume parfumée.
Côté casting, l’alchimie vacille : Margot Robbie paraît surtout âgée pour le rôle, prisonnière d’une image lisse. Par instants, on se croirait dans une publicité Chanel plus que dans une tragédie. Jacob Elordi, lui, n’incarne qu’à moitié la noirceur d’Heathcliff, dont l’abîme demeure insaisissable. Dialogues pauvres, émotions effleurées. Quelques éclats subsistent, sauvés par l’écriture d’Emily Brontë, et par des costumes anachroniques à la somptuosité presque irréelle.
Au fond, Hurlevent s’inscrit dans ce cinéma très contemporain : grande esthétique, acteurs du moment, mais un manque de fond, un film que l’on consomme plus qu’on ne traverse. Beau, oui. Bouleversant, non.