Ce film détonne en tout point.
Par son thème, d'abord. Pionnier des "chasses aux pédophiles", l'émission culte de Chris Hansen a poussé en 20 ans un bon nombre d'adeptes à reproduire ses méthodes sur internet (comme le néo-nazi russe Maksim Martsinkevich ou le streamer français Finnizyy, pour ne citer qu'eux).
Primetime traite son terrible sujet avec une étonnante légèreté, à condition d'avoir les nerfs solides pour l'apprécier. On y alterne concours de cynisme, moments trashs et scènes de tension qui forment le socle d'un thriller réussi, à défaut d'être toujours bien rythmé quand le film divague sur la vie adultère de son protagoniste, qui endosse à son tour le rôle du chassé. Les prédateurs s'enchainent à l'écran jusqu'au "big fish", et parmi eux, de loin l'un des pires, est incarné par
Jonathan Lipnicki, enfant-star de Stuart Little
. Sans complaisance envers les comportements criminels, le réalisateur n'hésite pas à montrer leur cruauté qui font replonger le spectateur dans cet ôde au voyeurisme, avant que ce divertissement malsain ne se termine par un événement qui ramène brutalement le spectateur à ses responsabilités dans les actes qu'il cautionne.
La forme du film sera sans nul doute aussi divisive que son sujet. Fidèle à l'esthétique geek des années 2000, les plans s’enchaînent dans un grand melting-pot, des caméras de tournage à celles de surveillance, jusqu'à en donner un certain vertige, qui peut autant plaire aux fans d'analog horror qu'il fera fuir tout spectateur allergique au tape à l'oeil.
Le film joue à être le miroir des actions de Chris Hansen, qui a bâti sa carrière sur l'exposition d'un problème qu'il n'a jamais cherché à comprendre. On a l'impression de terminer sur un score de 1 partout, et on se pose des questions. Pourquoi dénoncer la barbarie de certains si c'est pour la pratiquer en sens inverse ? Cela guerrit-il les traumatismes ? Je suis surpris que les victimes de pédocriminalité, qui se battent dans une immense détresse pour être prises au sérieux, ne s'opposent pas plus que ça à ce qui n'est, à mes yeux, qu'un concept de télé-poubelle déshumanisant mené en leur nom. Ce jeu de ping-pong entre actes pervers n'est pas à la hauteur de la gravité du problème, à moins qu'une partie des victimes finalement ne s'y complaise.