Le film est adapté du livre éponyme (2006), écrit à 27 ans, par le Napolitain Roberto Saviano, dont les révélations sur la Camorra, la mafia (la plus ancienne d’Italie) implantée à Naples et en Campanie, lui vaudra des menaces de mort, l’obligeant à vivre constamment sous protection policière depuis. Le film (dont le titre est un hybride de Gomorrhe, ville détruite, avec Sodome, par Dieu, dans le Genèse, en raison des mauvaises mœurs de ses habitants, et de Camorra) est un peu confus au début car il décrit, sans préambule, 5 histoires et 6 personnes :
Don Ciro, qui distribue de l’argent à des familles pauvres (achetant leur silence) dont l’un des membres est en prison ou mort, Totó, adolescent fasciné par la violence, qui souhaite rentrer dans le clan, Roberto qui travaille pour Franco (l’excellent Toni Servillo, 49 ans) qui se débarrasse illégalement de déchets toxiques dans des carrières, Pasquale, tailleur dans un atelier de confection en lien avec la Camorra et qui monnaye son talent (2 000 € / cours) auprès d’un atelier de confection chinois, et Marco et Pisello, 2 jeunes « chiens fous » qui s’auto-proclament gangsters, sans reconnaitre l’autorité des membres de la Camorra.
La présentation reste très naturaliste, documentaire (notamment dans les immeubles délabrés des Vela, de style Le Corbusier), sèche et froide, laissant le spectateur à distance (malgré les nombreux gros plans des visages et une caméra mobile), d’autant que les protagonistes ne pensent qu’à l’argent, règlent les problèmes par les armes ou sont tellement bêtes (Marco et Pisello) qu’on devine leur avenir tragique. Un peu de pédagogie aurait été la bienvenue pour mieux comprendre le mode de fonctionnement et la structure de la Camorra, monde uniquement masculin. L’épilogue apporte plus d’informations : 4 000 morts dus à la Camorra en 30 ans, Scampia et Secondigliano, plus grands quartiers de trafic de drogues au monde, rapportant 500 000 € / jour, accumulation de déchets toxiques non traités sur une hauteur de 14,6 km. Le film a quand même obtenu le grand prix du jury au 61e festival de Cannes 2008 (présidé par Sean Penn et dont la palme d’or a été attribuée à Laurent Cantet pour « Entre les murs »).