Une étoile, ce sera ma note. Une étoile parce que malgré tout, je ne me suis pas ennuyé. Malgré tout quoi ? Et bien, malgré le fait que l'excellent [Rec], numéro 1 du nom, se serait très bien passé de ce second opus. Là où le premier film était linéaire (au bon sens du terme), avec une seule coupure due à un "rembobinage", le second se perd dans les récits croisés de plusieurs groupes de protagonistes. Résultat : dans le premier film, on vivait les évènements en même temps que les personnages, on découvrait tout en même temps qu'eux, on était aussi angoissé qu'eux ; et ici, on perd vite le rythme, on n'est plus vraiment surpris, bref, on est loin d'être scotché à notre siège.
Le scénario maintenant : l'infection virale se transforme, sans autre raison que le manque d'idées des réalisateurs, en possession démoniaque, faisant basculer le film dans une succession d'agaçantes références cathos. En plus d'être peu crédible, cette surenchère de paranormal gâche totalement le mystère et l'originalité du premier épisode. On dirait une pâle copie de "L'Exorciste" de Friedkin. Et puis on se demande pourquoi envoyer seulement quatre pauvres militaires et un "médecin" dans l'immeuble alors que les centaines de soldats qui attendent à l'extérieur sans rien faire auraient réglé le problème en un rien de temps.
Les personnages sont aussi beaucoup moins travaillés que dans le premier opus. Leur psychologie est moins (voire pas du tout) poussée, résultat : on s'attache moins à eux, on a moins peur pour eux, et on est moins triste pour eux lorsqu'ils meurent de mort violente. Car oui, ce film est bien plus agressif que le premier. On connaît déjà le lieu, on connaît déjà (plus ou moins) la situation, plus de surprises, alors place à l'action : les scènes de fusillade s'enchaînent comme dans un jeu vidéo. Et c'est ça, entre autres choses, qui empêche ce film de nous faire peur : on en sait plus que les personnages qui rentrent dans l'immeuble, on sait déjà ce qu'ils vont affronter, on ne découvre plus les choses avec eux comme dans le premier opus. Couplé au manque de rythme du film, ça commence à faire beaucoup de mauvais points.
Et parlons-en, du rythme : en plein milieu du film, on a droit à une bande d'ados complètement attardés qui rentre on ne sait trop comment dans l'immeuble. Alors que tout le scénario du premier épisode reposait sur la question : "Comment sortir d'ici ?", la bande de gamins s'introduit dans l'immeuble avec une facilité ridicule. En plus de ruiner encore un peu le rythme et la crédibilité du film, l'entrée des adolescents est un prétexte pour quelques scènes en extérieur, en plein milieu de ce qui est censé être un huis-clos. Dommage.
Enfin, et c'est peut-être le pire, l'effet "caméra au poing" n'est ici pas du tout justifié. Dans le premier [Rec], la caméra est celle d'une émission de télé locale venue faire un reportage. Pas de problème. Ici, la présence de caméras reliées entre elles chez les militaires semble déjà plus tirée par les cheveux, mais ce n'est pas fini. Car les ados qui rentrent dans l'immeuble on eux aussi, comme par hasard, une caméra. On se demande bien pourquoi. Et ce n'est toujours pas fini, car on retrouve la journaliste du premier épisode, survivante, et qui elle aussi a gardé sa caméra, on se demande encore plus pourquoi, surtout une fois qu'on a vu le dénouement final. Dénouement final qui essaye en vain d'être aussi angoissant que celui du premier [Rec], en trouvant un prétexte peu crédible pour l'utilisation de la vision nocturne de la caméra.
En bref, ce film, en voulant trop en faire, ruine complètement tout ce qui faisait l'originalité du premier. Balaguero et Plaza ont épuisé le filon jusqu'à la moelle. Le huis-clos est mal géré, tout comme le déroulement de l'histoire, le scénario est peu crédible, les personnages ne sont plus aussi attachants, et la présence de caméras est à peine justifiée, tout ça parce que "il faut des caméras là aussi sinon ça fera pas pareil que dans le premier". Ce film m'a donc beaucoup déçu, mais je lui accorde tout de même une étoile, ne serait-ce que pour un détail qui m'a amusé : on aperçoit brièvement, parmi les zombies qui attaquent les protagonistes, le pompier Manu et le bellâtre César du premier volet.