Il fait une chaleur à crever dans ce coin du Sud, et sous le soleil radieux, quelque chose pourrit déjà. On entre presque par la comédie, au milieu d’un village pittoresque et attachant, puis le sol se dérobe sans qu’on s’en rende compte. Une fille que tout le monde appelle « Elle » débarque, et derrière son insolence et son assurance provocante, une blessure profonde installe progressivement le malaise. Ce surnom dit déjà beaucoup : Éliane paraît enfermée dans l’image que les autres projettent sur elle, réduite à un corps qu’elle expose et utilise comme une arme, contre eux autant que contre elle-même. Ce qui ressemblait à une étrange histoire d’amour devient un thriller de vengeance, puis un drame familial dévastateur, sans jamais donner l’impression de s’éparpiller. Mais le film ne change pas seulement de genre : il déplace sans cesse notre regard, jusqu’à nous obliger à remettre en cause ce que nous pensions avoir compris. Au cœur du récit, une idée terrible : la violence se transmet, empoisonne ceux qui en héritent et finit par créer de nouvelles victimes, y compris parmi les innocents. Éliane croit mener sa vengeance, mais la vengeance finit par la posséder, jusqu’à l’enfermer dans une erreur qui entraînera les autres dans sa chute.
Jean Becker transforme la canicule en menace, avec un air qui pèse, une lumière qui écrase et une tension qui monte lentement jusqu’à verser dans le sang. Le récit passe d’une voix à l’autre, chacun livrant sa part de vérité, tandis que les silences, les rumeurs et les regards du village referment lentement le piège. Le scénario de Sébastien Japrisot est d’une précision remarquable : malgré les changements de ton, les points de vue et les révélations, tout s’emboîte sans jamais nous perdre. Isabelle Adjani est sidérante, capable de passer de la provocation à la fragilité en un regard, tandis que la candeur d’Alain Souchon rend sa fureur et le drame final encore plus cruels. On en ressort sonné, avec un malaise collé à la peau comme la chaleur, et ça brûle.