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Un visiteur
4,0
Publiée le 4 septembre 2015
Pedro, jeune policier idéaliste, est envoyé dans la région marécageuse du Guadalquivir pour enquêter sur le meurtre de deux jeunes filles. Là, il fait équipe avec Juan, un vieux flic aux méthodes peu orthodoxes, héritées de sa carrière dans la police franquiste. Progressivement, le duo découvre de nombreuses disparitions féminines non élucidées dans la région qui pourraient bien attester de la présence d’un serial-killer. Mais, l’Espagne a beau ne plus être sous la coupe du dictateur, la méfiance vis-à-vis des forces de l’ordre persiste, compliquant diablement la tâche de deux enquêteurs.
Il ya deux lectures de "la isla minima". Un thriller très efficace mené de main de maître ce qui explique je pense son grand succès en Espagne. La scène de la poursuite en voiture la nuit dans les marécages est époustouflante. Une autre lecture très intéressante est la description de l'Andalousie dans les années 80, période post-franquiste. Contraitrement à beaucoup de pays sortant d'une dictature, l'Espagne a choisi une transition démocratique sans épuration. Les deux policiers l'expriment bien . L'un représente la jeune démocratie, il veut lutter contre la corruption et les potentas locaux. Il accuse son supérieur de protéger un grand propriétaire qu'il soupconne d'avoir participer aux meurtres des jeunes filles. L'autre était déjà policier pendant le franquisme et a probablement torturé . La manière dont il tue le serial killer de plusieurs coups de couteau montre qu'il est coutumier du fait. Il n'a pas renoncé aux méthodes pratiquées pendant cette période. Son jeune collègue le rappelle souvent à l'ordre : on est en démocratie et ces méthodes n'ont plus cours. Contrairement à certains thrillers récents (cf La French de Cédric Jimenez)), Alberto Rodriguez nous évite la vie privé des policiers, elle est juste suggérée par les coups de fils que donne le jeune policier à sa famille. Cette soi-disant humanisation des policiers ne fait en fin qu'alourdir le scénario et est perçu par le spectateur comme hors-sujet . Un point négatif au film, la musique est insupportable, complètement pléonastique. Un très beau film à voir absolument.
Faut il que la distribution soit nulle pour avoir livré au milieu des nanars estivaux La Isla minima, ce superbe film noir, le meilleur de ces derniers mois?
Ca se passe dans l'Espagne (tout juste, à peine...) post franquiste. Et en Andalousie. Mais une Andalousie si éloignée des clichés touristiques qu'il faut se pincer pour y croire! Ce sont des roselières à perte de vue, qui bordent une côte désespérément plate; dans l'arrière pays des champs de céréales cultivés par des paysans pauvres, arriérés, métayers pour de gros propriétaires. Au dessus, des vols d'oies sauvages..... On pense à Mud, forcément (même si pour la densité de l'intrigue on évoquerait plutôt True Detective). Mais on est loin du pittoresque du golfe du Texas: ici, tout est triste, grisâtre, avec un image plutôt crade. Et donc les filles du pays n'ont qu'une idée -fuir!
Deux d'entre elles, deux sœurs, ont disparu. Deux flics de Madrid sont envoyés sur place. Très différents. L'un, Pedro (Raùl Arevalo), futur père, est très clean, limite rabat-joie. L'autre, Juan (Javier Guttierez), plus âgé, fêtard et picoleur,spoiler: a un passé trouble. Il aurait appartenu aux milices franquistes .
Ils apprennent que dans le passé, deux autres jeunes filles ont déjà disparu; comme les sœurs, elles rêvaient de partir; comme elles, elles avaient dans leurs papiers des documents sur du travail à Malaga. spoiler: L'une est morte, on en est certain: on a retrouvé son pied, arraché sans doute par une hélice de bateau.
Les deux flics se heurtent à la méfiance, pour ne pas dire l'hostilité, des paysans. De chasseurs, ils ne sont pas loin de devenir gibiers. C'est que, dans ces marais du Guadalquivir, il y a des trafics de drogue, de tabac. Les gendarmes locaux coopèrent à minima. Le maire n'a qu'un objectif: ne pas déplaire au gros propriétaire et à ses amis. Bref, tous ces gens là ne savent pas que désormais, on est en démocratie.... ou ne veulent pas le savoir. Pourtant les travailleurs agricoles vont oser se mettre en grève!
Il y a dans le film d'Alberto Rodriguez, cinéaste, je dois le dire, de moi inconnu jusqu'à présent! une atmosphère glauque, inquiétante, le danger peut venir de n'importe où -et une poursuite de bagnole à quarante km/h en Dyane (que celui qui se souvient de ce qu'était une Dyane lève le doigt!!!), sur ces levées de terre entre les roselières devient plus palpitante qu'un poursuite en grosse américaine dans les rues de Los Angeles....
Souvent, dans l'image horizontalement séparée en deux: le ciel, la terre- passent ces vols de migrateurs, libres, libres comme le rêvaient les jeunes filles. Il faut souligner l'utilisation de quelques vues aériennes sublimes, qui font de l'espace un tableau abstrait, à peine réveillé par le mouvement d'un véhicule -et, bien entendu, le passage des oiseaux.
A ne pas rater pour les amateurs de polars lents et subtilement pervers.
Superbe mise en scène et très bon casting pour ce thriller poisseux où de jeunes adolescentes sont victimes des pires atrocités sans qu'on en devine les auteurs. Placer le récit en 1980 complique tout pour la production et le cinéaste (reconstitution oblige...) mais cela s'avère nécessaire pour nous replonger dans les suites du franquisme et dans une époque sans téléphones portables (car avec un smartphone, l'affaire serait vite résolue ;-) ). On appréciera particulièrement l'usage de drones permettant de filmer certaines fins de scènes essentielles vues du ciel, selon un point de vue implacable et oppressant. Le générique du début est superbe et donne un aperçu de l'Andalousie aussi tortueux que cette entrainante recherche de la vérité.
Une ambiance extraordinaire, à la mesure des enjeux politiques de l'après-franco. Tout est juste ici et les paysages terribles et majestueux. C'est un très très grand film, profond, et le polar qui s'y déroule est terrible car sa solution suppose que l'ordre établi ne soit pas dérangé ! Acteurs géniaux, en particuliers les deux flics (le facho est parfait et pour en avoir connu plein de ces tortionnaires de la dictature, je le trouev criant de vérité). Il y a aussi dans ce film la clé de pourquoi l'après dictature en Espagne n'a pas pu se dérouler entièrement: trop de non-dits, d'arrangements, de solutions qui vérouillent la vérité. Magnifique dans une ambiance extraordinaire.
La Isla minima d'Alberto Rodriguez, sorti le 15 juillet 2015 est un film policier. C'est incontestablement un excellent policier qui se situe en Espagne dans la région des marais dans l'estuaire du Rio Guadalquivir au Sud de Séville dans les années 1980. On y voit des paysages fantastiques avec des populations de flamants roses. Il s'agit d'une enquête avec un duo de flics, suite à des meutres de jeunes filles préalablement violées, avec des méthodes qui datent, le groupe sanguin faisant force probante avant l'ADN beaucoup plus fiable aujourd'hui. On découvre que le jeune flic, Pedro, tout juste sorti de sa formation a des pratiques plus respectueuses d'où des situations qui les opposent. Mais est-ce là l'unique sujet ? Est-ce donc exclusivement le sujet d'une enquête policière ? Non, ce film aborde aussi un sujet spécifique à L'Espagne d'après Francisco Franco. En effet on découvre que le policier Juan est un ancien membre de la milice de Franco qui a commis des persécutions de ses concitoyens. Ce flic s'est donc réhabilité dans un emploi très respectable et utile au bien commun. Je n'ai pu m'empêcher de faire un lien avec les anciens nazis de l'Allemagne d'après guerre et qui se sont enfuis qui en Amérique latine, qui aux Etats-Unis, qui ailleurs, investis dans des fonctions également respectables. La question qui nous est posée est celle qui est posée au jeune flic Pedro, la réhabilitation, la rédemption est-elle acceptable ? Faut-il admettre une forme de rachat qui efface le passé ? Ou même faut-il admettre, comme au Cambodge d'après les Kmers Rouges, une forme d'oubli en faveur d'une réconciliation nationale ? Quand bien même cette réconciliation, faut-il aller jusqu'à l'impunité de toutes les atrocités ? Ou bien au contraire accepter le rachat mais sans l'oubli ? Mais alors comment être un bon magistrat ou flic ou préfet si la personne garde son étiquette de persécuteur ? En France n'avons pas condamné Pétain et à travers lui n'avons-nous pas tenté de condamner tous les collabos pour permettre une réconciliation nationale ? En fait ce film n'a pas vocation seulement à nous distraire mais à nous poser la question comme à Pedro: que ferai-je à sa place ? Ce film sur ce point a le mérite de participer à une action de non oubli, notamment des jeunes génération sans stigmatiser une ou des personnes précises. Je n'en dirai pas plus, il faut aller voir ce film qui pourrait remporter un prix au regard de sa qualité et implicitement de ce questionnement qui nous est posé individuellement.
Trés belles images ...l'Andalousie comme on ne l'a jamais vue , au profit d'un très beau film , réaliste , parfois glauque ( mot repris à juste titre dans de nombreuses critiques ) dont l'intrigue avance sans ennui aucun , sur fond de historique post franquiste espagnol . De bons acteurs convaincants dans leur rôle . Il y a bien quelques ombres dans le scénario qui m'ont échappé , ou que je n'ai pas compris , quelques points soulevés sans suite pour moi ?
Quelle belle surprise que ce La Isla mínima ! Un excellent polar qui sans vraiment renouveler le genre, et racontant une histoire qui se déroule dans le passé, parvient toutefois à donner un certain vent de fraicheur au style policier. Il faut dire que la réalisation plutôt léchée contribue à l'immersion du spectateur dans son atmosphère pesante et dérangeante du post-franquisme. J'ai longtemps fait le parallèle avec Memories of Murder durant son visionnage, et je viens de lire à l'instant une comparaison avec l'excellente série True Detective. Et c'est exactement ça : quelque chose d'espagnol à mi-chemin entre le film coréen précédemment cité et la formidable création de Nick Pizzolatto. On a donc un film avec en surface un scénario de type policier assez classique, mais dont le but est de dépeindre et comprendre une époque, et les évolutions de la société espagnole, à l'heure des années 80. Intéressant, et en plus très agréable à regarder.
Je ne fais que répéter ce qu on écrit les autres :excellent policier qui se déroule dans le delta du Guadal quivir non loin de Séville.C est très bon parce que certaines scènes sont particulièrement bien tournées,les acteurs maitrisent parfaitement leurs personnages.Le storyboard est soigné
Intéressant polar espagnol mêlant habilement les classiques du genre sur un terreau historique de l'après franquisme. Une réalisation soignée, une interprétation maîtrisée et une construction narrative honnête sont les ingrédients de ce film. Il mannque un peu d'originalité pour se distinguer totalement des productions du genre.
Partagé a la sortie: si la photographie somptueuse, le jeu d'acteurs très bon et l'intrigue sur sa première heure ne me posent aucun souci, je suis un peu plus partagé quand a l'issue de l'enquête et a une confrontation en particulier (en dire plus serait spolier) dont nous ne voyons pas l'un des protagonistes laissant le doute subsister. Je m'attendais a une chute plus surprenante d'où une légère déception a la sortie, mais sinon je ne puis que vous le recommander, ne serait-ce que pour vous forger votre propre interprétation...
Obscur mais pas trop, plutôt pas assez de choses expliquées a la fin, c est efficace et plaisant.
Durant le générique, j ai entendu quelque un dire qu il l avait trouvé trop lent. Je comprend son point de vue et le désapprouve. C est vrai que l habitude au ciné, à la télé est aux séquences ridiculement courtes. Lorsqu on en prend conscience, on voit a quel point maintenant il faut de la frénésie pour faire croire à un simple dynamisme : séquence tournée à deux caméras uniquement pour avoir deux angles passer inutilement de l une a l autre, musique calée sur les transitions pour faire croire à une transition la ou il n y en a pas, absence de silence de temps mort de réflexion - dialogues brillants enchaînés pour qu on n aie pas le temps de réaliser qu il est impossible d enchaîner si vite (si on prend une seconde de recul, on risque de rater quelque chose).
Là, pas de ces artifices. Les policiers parlent peu car c est inutile, on voit par la séquence suivante quelle conclusion ils ont tirée. Les séquences varient dans leur durée et comme les policiers, on ne sait pas toujours ce qui sera important et ce qui le sera moins. Les séquences sont riches de cette recherche d indice et du coup le film n est pas lent du tout, il a juste des respirations indispensables à tout récit.
Mais que 4 car je doute de mieux comprendre pas mal de choses, le propriétaire terrien par exemple, son rôle dans l histoire est expliqué mais au moment du dénouement final il est passé sous silence. Tout pareil pour le gars a moto ou comment expliquer les contrats de travail trouvés, ...
Les photos déchirées de la fin ne me posent pas de souci, je comprend la scène et même pourquoi c est une clé qui donne un sens particulier au film.
Un très bon polar espagnol, à l'ambiance oppressante et glauque à souhait. Le début du film paraît user de ressorts classiques mais rapidement les personnages se complexifient, tout comme l'intrigue. Il s'installe alors un suspenses haletant jusqu'à la scène finale ! On peut aussi mentionner les superbes paysages vus du ciel de cette "Camargue espagnole", ainsi qu'une réflexion sur la fin du franquisme : fallait-il ou non accorder l'amnistie ?
insolite, brut, lancinant, prise de vue en altitude, les acteurs sont excellents, suspens garantie, confrontation, la réalité, vs les idéaux, rien est en règle dans ce film mais il y a au delà de tout cela la monstruosité et là tout le monde s'accorde pour éradiquer le diable, presque une ambiance de bayou, presque la furie des êtres qui ne veulent plus rester à ces places, l’odeur, ce film est un bijou, une sculpteur de rythme, à voir
Quelle bonne surprise ! Que ce soit au niveau de l'intrigue ou celui de l'esthétique. Le climat un peu lourd est compensé par des plans superbes d'une rare poésie. La musique aussi, discrète mais présente, joue son rôle dans la beauté du tableau. Du grand cinéma, comme on aimerait en voir plus souvent.