Au-delà du bouleversement évident que provoque ce film, par sa profondeur, sa force, sa beauté simple, il révèle non seulement son réalisateur, Kenneth Lonergan, mais aussi son personnage principal, admirablement joué par Casey Affleck, tout en pudeur, sensible et attachant. Malgré son côté taiseux, difficile à cerner, au fil du film, il force l’empathie du spectateur.
On en a vu des mélodrames, mais il est fort rare d’en trouver un qui ne flirte pas avec le sens figuré de cette expression. C’est ici un film indépendant, non caricatural, il n’y a pas de cliché, pas cette rédemption tant attendue et si habituelle des personnages. Ce film est juste, jusque dans les détails. L’enfant qui semble tenir le coup craque l’espace d’un instant, et l’ex-femme de Casey Affleck, superbement jouée par Michelle Williams, réalise l’impensable.
Malgré ses 2h18 et l’épurement des dialogues, on ne les voit pas passer, et le film n’en est pas moins rythmé. Il l’est en partie grâce à cette réalisation de Kenneth Lonergan, qui offre ici une réalisation bien orchestrée, où les flash back donnent de la profondeur au film et aux personnages. Cette mise en abîme n’est pas de trop. Elle rend ce film poignant, sublimant son personnage principal, prisonnier d’un enfermement psychologique face à son désespoir, sa culpabilité. Il n’est plus qu’un zombie, un mort vivant qui s’est auto-condamné.