"L'Hermine" est le genre de film dont on ne peut pas dire qu'il est mauvais, mais dont il est difficile de vanter les mérites avec conviction. Porté par la promesse d'un grand numéro d'acteur et d'une plongée dans les arcanes de la justice, il se laisse suivre sans déplaisir, mais laisse au final une impression d'indifférence polie.
Le principal, et quasi unique, moteur du film est sans conteste la performance magistrale de Fabrice Luchini. Dans le rôle de ce président de cour d'assises redouté, il est d'une sobriété et d'une justesse remarquables, dépouillé de ses maniérismes habituels pour composer un personnage à la fois cassant et fragile. À ses côtés, l'immersion dans les coulisses de la justice, avec le tirage au sort des jurés et les délibérations, offre un intérêt quasi documentaire qui pique la curiosité. Le scénario est indéniablement bien écrit, posant une réflexion intéressante sur le jugement et la vérité, mais il le fait avec une distance quasi clinique.
Et c'est là que le bât blesse. Si le film se suit si facilement, c'est peut-être parce qu'il ne demande aucun effort, aucun investissement émotionnel de la part du spectateur. La mise en scène, purement fonctionnelle et statique, donne l'impression d'assister à du "théâtre filmé" plutôt qu'à une œuvre de cinéma. Ce choix de sobriété, couplé à un rythme très lent et à un manque cruel d'enjeux, finit par anesthésier l'intérêt. On observe les personnages et les situations avec la même neutralité que le juge Racine observe les débats, sans jamais se sentir véritablement impliqué.
Au final, "L'Hermine" est une expérience curieuse. On suit l'histoire sans s'ennuyer, on admire le talent de Luchini, on apprend des choses sur le système judiciaire, mais une fois le générique arrivé, il ne reste pas grand-chose. L'ensemble est trop lisse, trop froid et trop anecdotique pour marquer les esprits. Un film honorable, mais dont l'intérêt, malheureusement, reste assez limité.