"Sage Femme" est le genre de film honorable et bien intentionné qui se regarde sans déplaisir, mais qui peine à laisser une empreinte durable. Porté par un numéro d'actrices exceptionnel, le film de Martin Provost déroule une histoire touchante mais si classique dans sa forme et son fond qu'elle ne surprend jamais vraiment. C'est un film qui se laisse regarder, mais sans plus.
La raison principale, et presque unique, de voir le film est le duo d'actrices magistral. La rencontre entre Catherine Frot, parfaite en sage-femme méthodique et un peu éteinte, et Catherine Deneuve, impériale en ancienne maîtresse flamboyante et croqueuse de vie, est un pur délice. Leur alchimie fonctionne à merveille, et le film repose entièrement sur leurs épaules. Elles sont servies par une écriture fine et des dialogues souvent justes, qui permettent de développer un récit humain et touchant sur le pardon et les secondes chances, en évitant le pathos.
Malheureusement, ce talent immense est au service d'un film qui manque cruellement d'audace. Le scénario, terriblement convenu, suit une trajectoire si balisée qu'on en devine chaque étape dès les premières minutes. Cette prévisibilité est accentuée par un rythme souvent lent, qui manque d'enjeux forts pour nous tenir en haleine. La mise en scène, très classique et académique, illustre l'histoire avec application mais sans jamais proposer un point de vue singulier ou une véritable inspiration cinématographique. Tout est propre, soigné, mais aussi terriblement sage.
Au final, "Sage Femme" vaut le détour pour le plaisir de voir deux immenses actrices s'affronter et s'apprivoiser. C'est un film sensible et sincère, mais son manque de prise de risque et son classicisme un peu plat l'empêchent de dépasser le statut de drame télévisuel de luxe. Agréable, mais anecdotique.