Parmi les auteurs contemporains, Stephen King doit certainement être l’un des auteurs les plus adaptés sur le grand écran et à la télévision. Si ce n’est pas le cas, il est certainement dans les dix premiers de cet hypothétique classement. Et bien sûr, dans cet immense flot d’adaptations, il y a autant de gros ratés (« La Tour sombre » par exemple) que de chefs-d’œuvres (« The Mist », le film pas la série, en est l’exemple parfait). Mais il y a également aussi une palanquée de versions réussies sans pour autant être inoubliables et impeccables et « 1922 », qui est adapté d’une courte nouvelle de l’écrivain en fait partie. C’est un bon film, qui se regarde avec plaisir, et qui réussit le pari d’inquiéter - plus que d’effrayer - et, surtout, de nous surprendre constamment si l’on n’a pas lu le matériau initial.
Le tout début est un peu trop direct, voire maladroit, mais il nous assène le genre de séquence qu’on ne voit que très rarement sur grand écran : le meurtre d’une mère de famille par son mari et son fils! Pas que celle-ci soit plus choquante que n’importe quelle autre mettant en scène des assassinats mais il faut avouer que de la sorte c’est peu courant. Ensuite, tout le film va un peu être pénalisé par un rythme un peu chaotique et en dents de scie où des séquences très réussies et captivantes se mêlent à d’autres plus molles et qui ralentissent la cadence. On commence fort pour ensuite que « 1922 » s’apaise (un peu trop) et avant que le fantastique s’installe et pique de nouveau toute notre attention mais de manière bien trop sporadique. Il faut dire que les moments horrifiques ne marqueront pas le genre par leur côté déjà vu et malheureusement peu effrayant en plus d’être amenés trop brusquement. Il est donc difficile de vendre le film comme une film d’horreur. On est plus dans un suspense dramatique et psychologique mâtiné de fantastique.
Malgré ces manquements et menus défauts, « 1922 » est un bon film qui dénote, surtout sur le fond, de ce qu’on peut voir dans le même genre sur Netflix. Thomas Jane domine le casting avec une composition monstre, tellement rigoureuse et investie qu’elle frôle le surjeu. Cette histoire de vengeance d’outre-tombe peut s’appuyer sur un script réaliste et méticuleux où rien ne dépasse et qui évacue toute invraisemblance (la manière dont le père et le fils dissimulent le meurtre en est le parfait exemple). Ajoutons que le décor de ces années 20 au fin fond du Midwest américain est très bien rendu et que la fin, édifiante et nihiliste au possible, est un atout phare de cette série B très appliquée. Mais c’est surtout le fond qui nous convainc. On reconnaît la patte de King et rien n’est édulcoré ici. Déterminisme, malédiction, loi des séries ou encore responsabilité face à nos actions, les thématiques morales et psychologiques proposées ici densifient ce récit original et bien mené. A ranger du côté des bonnes adaptations du maître!
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