Film profondément ennuyeux, "Roubaix, une lumière" débute comme un documentaire policier soigné, se voulant immersif, suivant des agents sur le terrain d’une ville présentée comme la plus pauvre de France. Puis, sans véritable transition ni tension, le film bascule vers une enquête et la reconstitution d’un crime, comme s’il s’agissait d’un autre film. Le rythme est atone, pesant, et l’ensemble souffre d’un cruel manque de souffle. Surtout, une question persiste : est-on vraiment à Roubaix ? Ville de mon enfance, celle que je connais ne ressemble en rien à la cité malade et monochrome que filme Arnaud Desplechin. Je ne reconnais pas cette ville pourtant traversée par un lourd contexte social, mais capable aussi de charme, de vitalité culturelle et de chaleur humaine. Je ne reconnais pas non plus ses commissariats, lieux habituellement vivants et sous tension, rythmés par une violence nourrie par la misère sociale et les trafics, qui épuisent les policiers, les rendent fébriles, parfois à bout. Ici, tout est feutré : le commissariat est calme, presque hors du temps, baigné de boiseries rassurantes. Il est difficile de croire qu’un commissaire de police puisse être aussi serein et détaché dans une ville de 100 000 habitants aussi éprouvée. Le jeu pourtant dense de Roschdy Zem apparaît dès lors totalement déconnecté de toute réalité tangible. À l’inverse, seules les interprétations de Léa Seydoux et de Sara Forestier parviennent à renouer tardivement mais avec un certain réalisme, cruellement hors-sujet tout au long du film. Dès lors, quel est l’intérêt de titrer ce film "Roubaix, une lumière", si c’est pour refuser de filmer la ville dans sa complexité et s’acharner à n’en montrer que les aspects les plus sombres et faussés ? Il y a là une véritable tromperie sur la marchandise.