Dès les premières minutes, Le Sommet des dieux impose une ambition assez rare : raconter une histoire d’alpinisme comme une véritable épopée humaine, sans céder ni à la surenchère spectaculaire, ni à la simplification.
Ce qui frappe d’abord, c’est la cohérence de son univers. L’animation, loin des standards habituels, adopte un style réaliste, presque austère, qui colle parfaitement au propos. Les visages sont marqués, les corps lourds, les gestes précis. On sent le poids de l’effort, la lenteur de l’ascension, le danger permanent. La montagne n’est jamais décorative : elle est un personnage à part entière, hostile, écrasant, indifférent.
Le film réussit particulièrement bien à retranscrire la dimension obsessionnelle de l’alpinisme. À travers le personnage d’Habu, il explore cette frontière floue entre passion et autodestruction. Il y a quelque chose de presque dérangeant dans cette quête absolue, dans cette volonté d’aller au bout, quoi qu’il en coûte. Le film ne juge pas, ne romantise pas non plus : il observe, avec une certaine froideur, ce qui renforce son impact.
Pour autant, cette exigence a aussi ses limites. Le récit, construit en grande partie sous forme d’enquête, peine parfois à maintenir une tension constante. La structure, avec ses allers-retours temporels, finit par créer une distance. On comprend les enjeux, on admire la trajectoire, mais l’implication émotionnelle reste par moments en retrait. Là où le film excelle dans la reconstitution et l’atmosphère, il touche moins dans l’attachement aux personnages.
Le personnage du journaliste, en particulier, sert surtout de fil conducteur. Il permet de structurer le récit, mais reste assez en surface. On suit son investigation sans qu’elle devienne véritablement un moteur émotionnel. Le cœur du film est ailleurs, dans Habu et dans la montagne, mais cela déséquilibre légèrement l’ensemble.
On peut aussi noter que le film fait le choix d’un rythme lent, parfois très contemplatif. C’est cohérent avec le sujet, mais cela peut donner une impression de longueur sur certaines séquences. Tout est maîtrisé, rien n’est gratuit, mais le film demande clairement un certain engagement du spectateur.
En revanche, difficile de ne pas saluer la puissance de certaines scènes d’ascension. Là, le film atteint un niveau d’immersion remarquable. La verticalité, le silence, le vent, la fatigue : tout concourt à créer une tension presque physique. Ce sont ces moments qui marquent durablement, bien plus que la partie enquête.