Dans les coulisses opaques des lobbies et des tribunaux, des citoyens ordinaires tentent de se faire entendre. Goliath raconte un combat inégal, où la santé publique se heurte au mur de l’agrochimie et de la politique.
Frédéric Tellier filme avec une précision clinique le fonctionnement de cette machine invisible : cabinets de lobbying, stratégies de communication, manipulations scientifiques et pressions économiques. Le film prend parfois des allures de radiographie sociale. C’est sa force : il éclaire les coulisses d’un pouvoir discret mais redoutable, celui qui fabrique l’opinion et étouffe la contestation.
Le titre incarne d’emblée le rapport de force disproportionné. Les victimes et les lanceurs d’alerte apparaissent comme des “David” isolés, face à une machine juridique, médiatique et financière écrasante. Le film montre à quel point le combat judiciaire est biaisé dès le départ, tant les moyens et l’influence sont inégaux.
Mais Goliath n’est pas qu’un exposé. C’est aussi une fresque humaine. Chaque trajectoire incarne un rapport différent à ce combat : militantisme épuisé, engagement sacrificiel, compromission. Le film rappelle que derrière les discours se cachent des vies brisées, des familles endeuillées, des consciences en souffrance. Il donne une voix à ceux qu’on n’entend pas : agriculteurs malades, proches bouleversés, militants à bout de forces.
Ces figures restent toutefois plus porteuses d’idées que de chair. L’émotion peine à surgir : on observe plus qu’on ne ressent. Certains personnages paraissent plaqués, réduits à des fonctions, et le scénario manque de respiration. À force d’opposer trop simplement victimes et industriels, Goliath se prive d’une profondeur dramatique qui aurait renforcé son propos.
Le film tente pourtant de nuancer son récit. Les lobbyistes ne sont pas montrés comme des monstres : ils apparaissent dans leur humanité, avec leurs contradictions. Mais cette tentative reste en surface. On sent davantage une volonté de démonstration qu’une véritable exploration des ambiguïtés. L’intention est louable, mais elle ne suffit pas à éviter l’impression d’un récit plus militant que complexe.
Reste un film engagé, âpre, qui veut éveiller les consciences. Il rappelle que la santé publique et l’environnement sont trop souvent sacrifiés sur l’autel du profit et de la croissance. Le message est clair : sans mobilisation citoyenne, les grandes industries continueront de dicter la loi. Mais Tellier ne verse pas dans l’optimisme béat : il montre que les victoires sont rares, que la lutte épuise, et que les contre-pouvoirs demeurent fragiles. Si ces géants prospèrent, c’est aussi parce que nous, consommateurs et électeurs, tolérons, voire fermons les yeux.
Un film imparfait, parfois démonstratif, mais sincère et nécessaire. Goliath frappe par son actualité et son urgence, même s’il laisse le spectateur plus révolté qu’émotionnellement bouleversé.