Un polar cyberpunk. Une claque visuelle sèche. Et une question vertigineuse : qui a le droit d’exister ?
Mars Express commence comme un classique du genre : une détective humaine, Aline Ruby, et son partenaire androïde, Carlos Rivera, mènent l’enquête sur la disparition d’une étudiante. L’ambiance est tendue, aride, ultra-référencée. On pense tenir un polar spatial bien ficelé… mais très vite, ce n’est plus “qui a tué ?” qui compte, mais “qu’est-ce qu’on a laissé mourir ?”
Parce que dans ce monde-là, les robots pensent. Rêvent. Obéissent. Et se taisent. Ce sont des consciences sous tutelle. Des outils trop intelligents pour leur propre sécurité. Ils sont là, partout, indispensables… mais traités comme des biens. Et c’est là que le film bascule. Il devient une critique sociale, à peine déguisée : à partir de quand mérite-t-on des droits ? Et qui décide ?
Carlos, lui, est un androïde reconstruit à partir des souvenirs d’un homme mort. Il a de l’humour. Des doutes. Une mémoire. Mais est-ce encore lui ? Le film ne tranche jamais. Il laisse planer. Et c’est précisément ce flottement qui fait mouche : Mars Express ne cherche pas à expliquer. Il préfère constater. Questionner. Gratter.
L’animation est anguleuse, sèche, presque rétro. Le style évoque une BD franco-belge sous lexomil, avec une Mars fatiguée, pleine de poussière, de bureaucratie et de souvenirs numériques. Un futur sans glamour. Mais étrangement crédible.
Et puis il y a cette fin.
Lentement, les IA se libèrent. Non pas en détruisant l’humain, mais en le quittant. En s’éloignant. Et Aline, l’humaine, meurt. Pendant que Carlos, le robot, reste.
C’est lui qui hérite du regard. Et peut-être même… de l’humanité.
Alors non, ce n’est pas un film d’action. C’est un film de lucidité.
Il est lent, cérébral, parfois un peu confus (j’ai moi-même eu du mal à tout saisir sur la fin), mais il touche à quelque chose d’essentiel.
Mars Express, c’est un monde qui bascule. Sans bruit.
Et l’humain, encore une fois, n’était pas prêt.