Leurs enfants après eux suit une adolescence dans l’Est de la France des années 1990, entre désir, rivalités, héritage familial et horizon social limité. Un film ample et intéressant, que j’ai plutôt apprécié sur le moment, sans être totalement convaincu par l’ensemble.
Avant de le voir, il faut avoir en tête que le film adapte le roman de Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018, et situe son récit dans une vallée marquée par la désindustrialisation. Ludovic et Zoran Boukherma abordent ici une œuvre plus sociale et ambitieuse que leurs précédents films, tout en gardant une attention aux corps, aux désirs et aux tensions adolescentes. Le film s’appréhende comme une chronique d’apprentissage traversée par le poids du territoire, des héritages familiaux et d’un monde ouvrier en déclin.
Le film explore avant tout l’adolescence comme un moment de désir, de honte et de frustration. Les personnages cherchent à exister, aimer, se distinguer ou s’échapper, mais leurs élans restent pris dans un cadre qui les dépasse. Grandir signifie alors aussi découvrir la place que l’on occupe dans le monde.
Le récit s’intéresse également à la transmission sociale et familiale. Les enfants héritent des tensions, des échecs et des limites de leurs parents, dans un espace où les rêves de jeunesse se heurtent vite aux réalités de classe. Derrière les histoires d’amour et les rivalités, le film parle surtout d’un monde où l’horizon semble déjà en partie bouché.
J’ai plutôt passé un bon moment devant Leurs enfants après eux. J’ai apprécié l’immersion dans les années 1990, notamment à travers les musiques, ainsi que le récit d’apprentissage autour de la jeunesse. La dimension sociale fonctionne aussi par moments, lorsqu’elle relie les trajectoires intimes aux réalités d’un territoire marqué par le déclin ouvrier.
Mais je ne suis pas totalement convaincu par l’ensemble. J’ai eu la sensation d’une fresque ambitieuse mais inégale, parfois trop chargée. Le film aborde beaucoup de thématiques sans toutes les développer pleinement. Entre l’histoire d’amour, les rivalités, l’adolescence et le milieu ouvrier, seule la trajectoire sentimentale m’a semblé vraiment aller au bout de ce qu’elle voulait raconter. Les autres aspects restent présents, mais moins aboutis, ce qui laisse une impression de frustration au regard de l’ampleur du projet.
Au final, Leurs enfants après eux propose une chronique adolescente et sociale intéressante, portée par un vrai sens du lieu, de l’époque et des tensions de classe. Un film ambitieux dans ses intentions, mais trop inégal et dispersé pour m’avoir pleinement convaincu.