Soderbergh continue de jouer avec les codes des genres cinématographiques auxquels il s’attaque. Cette fois l’horreur, le film de fantôme, avec un dispositif minimaliste, en huis clos, mais profondément inventif puisqu’il prend le point de vue du fantôme.
Cette idée de rester constamment en caméra subjective depuis le fantôme est brillante, et remarquablement tenue. Ce procédé permet presque de faire changer la peur de camp. D’autant qu’il parvient à lui donner une véritable présence, nous la faire ressentir avec justesse et même transmettre ses émotions bien humaines. Il réussit le tour de force de “faire jouer” la caméra, à travers un enchaînement de plans-séquences qui provoque le vertige d’une caméra qui filme l’histoire tout en y participant. Cela crée même une mise en abyme puisque cette présence, cette caméra, c’est Soderbergh lui-même qui se charge seul du cadrage de ses films.
Le cinéma étant, par nature, l’art du voyeurisme, le cinéaste pousse cette idée à son paroxysme. C’est nous, spectateurs, qui hantons cette maison et ce film. On assiste alors à l’intimité d’une famille dysfonctionnelle. Mais, le scénario de David Koepp installe aussi plusieurs pistes sur des sujets et des insécurités bien actuelles et bien plus monstrueuses qu’un potentiel spectre, dévoilant l’illusion que sont la famille modèle américaine et la sécurité du foyer.
Cette œuvre, réalisée par un cinéaste qui aime jouer avec la grammaire de son médium, semble destinée à un public curieux, amateur de ce genre d’expérimentations. Mais au-delà d’être passionnant théoriquement, c’est aussi un film de divertissement efficace. Aussi ingénieux et subtil sur le fond que sur la forme, bien plus drame familial psychologique que film d’horreur, c’est une belle expérience de cinéma.