Le Marsupilami de Lacheau souffre d’un paradoxe assez cruel : il adapte un personnage qui appelle l’aventure, la jungle, le mouvement, la folie visuelle et l’imaginaire de bande dessinée, mais il accouche d’un film souvent statique, bavard et étonnamment sage.
Le film manque de rythme. Pour un sujet pareil, on attendrait des poursuites, du chaos, de l’exotisme, une vraie mécanique d’aventure. Or l’intrigue reste trop longtemps enfermée dans des scènes confinées, notamment cette cabine de bateau qui donne presque au film un côté théâtre filmé. Au lieu d’ouvrir l’univers, le récit se replie sur des dialogues mécaniques et des gags qui s’étirent.
L’humour, lui, paraît très convenu. Le personnage idiot est trop caricatural pour devenir vraiment drôle, les situations sont souvent balisées, et les guest-stars donnent parfois l’impression d’être là comme des vignettes promotionnelles plutôt que comme de vrais personnages. Lacheau, en plus, semble fonctionner avec deux expressions de jeu, ce qui accentue l’impression de répétition. Le personnage féminin joué par Elodie Fontan est purement fonctionnel.
Le film est aussi plombé par son registre enfantin le plus facile. Le jeune acteur peine à donner de l’épaisseur à son personnage, qui reste dans une sorte de candeur bébête, avec des réactions attendues et des dialogues simplistes. Quant au Marsupilami lui-même, il est traité comme une mascotte bébé, trop niais, trop mignon, mais quand il se bagarre. Or chez Franquin, la créature est certes attachante, mais aussi sauvage, malicieuse, imprévisible, parfois presque dangereuse. Ici, on lui retire une partie de son sel.
Plus gênant encore, on ne retrouve ni l’esprit de Franquin, ni le coup d’œil BD, ni le sens du décalage qu’un Chabat avait parfois su apporter à l’adaptation populaire. Là où Chabat savait donner du rythme, de la connivence, du burlesque et une vraie intelligence du cadre, Lacheau semble filmer le Marsupilami comme un simple produit familial de vacances scolaires. Il manque la folie graphique, le pas de côté, l’énergie qui aurait permis de transformer l’adaptation en vrai film d’aventure comique.
Le résultat se regarde peut-être à titre alimentaire, mais sans appétit durable tant la pitance devient vite indigeste : un film gnangnan, infantilisant, sans vraie prise de risque, qui passe à côté de ses personnages, de Franquin, de l’aventure et même de ce que Lacheau avait pu réussir de plus irrévérencieux par le passé.