Surdoué dans l'art de détecter le mensonge, George se voit confier la mission de démasquer un traître parmi cinq de ses collègues espions, dont sa femme. Il décide d'organiser un dîner chez lui avec les suspects afin de commencer ses investigations...
Pour un cinéaste qui avait annoncé sa retraite anticipée, on ne peut pas dire que Steven Soderbergh soit resté longtemps désœuvré avec déjà pas moins de deux longs-métrages sortis à un mois d'intervalle en 2025 ! Et, à vrai dire, on ne s'en plaindra pas, loin de là même.
Le mois dernier, "Presence", sa première incursion en terrain surnaturel, avait encore une fois démontré tout le talent et le sens si singulier de l'expérimentation visuelle de ce metteur en scène par son choix d'épouser le regard d'un fantôme posé sur le quotidien d'une famille de banlieue. Toutefois, si le film avait su nous subjuguer en tenant les promesses de son parti pris à l'image, on était resté plus dubitatif sur le scénario délivré par David Koepp, compagnon d'écriture de Soderbergh depuis "Insane" qui en était arrivé à nous laisser penser que ses années de gloire étaient bel et bien derrière lui.
Eh bien, figurez-vous que l'on s'était bien trompé car, en plus d'un Steven Soderbergh toujours au top de sa forme, Koepp vient nous clouer le bec en donnant tout ce qu'il a sous son capot de situations et dialogues brillants à "The Insider", film d'espionnage adulte, captivant et superbement soutenu par les jeux de dupes permanents de ses personnages dévorés par le caractère ô combien pernicieux de leur profession.
Si vous n'avez jamais eu cette improbable sensation que le visionnage d'un film s'accompagnait au préalable d'une obligation de "tenue correcte exigée", l'espèce de classitude dingue et absolue qui transpire du moindre plan, décor ou costume de "The Insider" devrait réparer ça !
Instantanément plongé en plan-séquence derrière le dos du personnage de Michael Fassbender pour y apprendre la teneur de sa mission, le film nous place ensuite dans le rôle de ses invités/collègues espions du dîner, ne sachant pas trop pourquoi ils y sont conviés ni à quelle sauce ils vont y être dévorés. Et, punaise, quelle formidable phase inaugurale du film, où un simple "jeu" (accompagné d'un moyen d'y délier plus facilement les langues) démontre toute la virtuosité du duo Soderbergh/Koepp, cette fois au diapason de leurs talents respectifs, pour nous introduire à l'intimité et aux rapports de ses protagonistes à la répartie jubilatoire mais aux regards complètement viciés et imbibés par leur condition d'espion ! Impressionnant tour de force en soi à tous les niveaux, on en viendrait même à aimer que ce dîner en forme de ping-pong perfide, qui n'épargne rien ni personne, ne cesse jamais pour laisser "The Insider" enfermé dans ce huis-clos de coups bas.
Mais, le film a évidemment plus d'un tour dans son sac et va nous faire sortir de table pour nous dévoiler une chasse au traître pas si complexe en soi lorsqu'il nous est permis d'en avoir une vision plus large mais où, à l'instar d'un chasseur de vérité plongé en plein nid de guêpes, chaque phase d'interactions devient une partie d'échecs constante où la suspicion constante de faux-semblants va s'entremêler avec des dialogues aussi cinglants que ciselés pour les faire se fissurer.
Avec son casting épatant (l'idée d'avoir pris Michael Fassbender et Cate Blanchett pour incarner le couple qui mène les débats n'est pas le moindre vecteur de cette classe folle qui imprégne le long-métrage, avec un Pierce Brosnan en boss et toute cette nouvelle génération de comédiens qui fait des étincelles à leurs côtés), The Insider offre un jeu du chat et de la souris espions scotchant de bout en bout pour devenir LE film exultant tout le génie réuni de Steven Soderbergh et de David Koepp à ne pas manquer en 2025, là où "Presence" de prime abord (et il a aussi ses qualités) nous intriguait bien plus. Encore un faux-semblant, décidément.