C'est un film que je rapprocherais de « Le dernier des Mohicans » ou d' «Avatar » dans sa volonté d'organiser le film comme une grande fresque historique/fictionnelle, s'étalant sur de longs mois, permettant ainsi de suivre l'évolution d'un personnage au contact d'une culture qu'il lui ait originellement étrangère, et se confrontant à une puissance qui lui ait en tout point supérieur, à l'instar d'un David contre Goliath. Je ne suis pas un grand fan des films historiques - puisque, comme les biopics, j'ai toujours trouvé que ces films étaient trop sages, dans une volonté de rendre hommage à une culture (ou à une personnalité célèbre) à tel point qu'on ait presque face à des films qui idéalise leur sujet. Pareil pour les films prenant la forme d'une grande fresque historique/fictionnelle, puisqu'en voulant mettre en image un personnage durant une longue temporalité le film va toujours s'appesantir à montrer le début et la fin et faire des grandes ellipses au milieu. Ainsi cela nous donne l'illusion qu'on a vu un personnage évolué, mais en réalité, on a simplement regarder l'état A du personnage et son état C (état final), l'état B (intermédiaire et majeur dans le processus d'évolution) est rapidement évoqué.
Cela résume un peu mon avis sur le film. Il est trop sage, ne prend pas trop de risque (visuellement parlant et en terme de mise en scène et d'écriture), idéalise son sujet et le rend très manichéen et enfin nous donne l'illusion de nous montrer comment un personnage peut radicalement changer au contact d'une culture qu'il lui ait inconnu (évolution qui est davantage explicité par la voix-off que par l'image).
Alors oui, il y a parfois des beaux paysages, des beaux plans, une réalisation sobre mais efficace, des beaux décors, des acteurs qui sont très corrects dans leur jeu (et c'est toujours plaisant de voir Tom Cruise à l'écran), des chorégraphies de combat bien orchestrées mais il faut tout de même souligner la sur-utilisation de la musique, qui est toujours présente et très paresseuse car surligne absolument tout. À cela j'ajouterais que je trouve cocasse le fait que le film critique la mondialisation et la marchandisation (amenant à des transformations majeures pour un pays - allant jusqu'à l'uniformiser totalement), rejetant le processus d'uniformisation, en nous proposant un film lui-même très uniformisé (structure en 3 actes bien distincts, grande fresque historique jonchée d'ellipse, sur-utilisation des musiques pour nous indiquer quand être ému ou enthousiaste).
J'ajouterais à cela que le film est d'une grande prévisibilité (mais cela est en réalité lié à l'uniformisation du film). Dès la 30ème minutes, je voyais déjà comment le film allait se finir et quelles relations le personnage allait avoir avec les autres (la romance avec celle qui la soignait, la rivalité avec l'autre guerrier qui se transforme en amitié après que le personnage principale ait prouvé sa valeur lors d'une scène de bravoure - amenant alors à ce qu'il soit, par corolaire, respecté par le collectif...). Cette prévisibilité engendre alors une certaine lassitude et un ennui.
Hormis le fait que le film parle en partie de spiritualité mais qui ne tente jamais de la mettre en image (simplement nous la suggérer par une voix-off), et encore une fois d'une idéalisation des samouraïs (filmés et suggérés comme des êtres purs, valeureux, avec très peu d'animosité envers le personnage principal - alors que cela aurait pu être bien de montrer des aspects négatifs de cette culture, comme le fait que la pureté et l'honneur que revêtent les habitants de ce petit village peuvent parfois être un poil aliénant, à tel point qu'une femme s'interdit d'exprimer son chagrin ou son agressivité au personnage principal), je finirai par deux dernières idées, découlant d'un « message du film ».
Le personnage principal est montré comme traumatisé des actes qu'il a réalisé durant la guerre contre les indiens. Il a des reviviscences, fait des cauchemars, semblant avoir honte et regretté les actes qu'il a commis. Sur cette base-là, j'aurais pu penser que le film est anti-guerre mais en fait non, puisque le personnage semble vouloir retourner sur le champ de bataille, tuant plusieurs dizaines de personnes. Mais à la suite de cela, le personnage n'est pas plus traumatisé qu'avant. Ainsi, cela tendrait à dire que la guerre engendre des individus traumatisés que dans le cas où ces soldats sont actifs dans un guerre qui leur a été « imposée ». Mais le personnage principal a choisi sa guerre (il a d'ailleurs choisi sa culture de coeur). Ainsi la guerre n'est pas si traumatisante si elle est réalisée à côté d'un chef de guerre qu'on respecte et pour une nation que l'on a choisi.
Enfin, j'ai vu quelques personnes sur ce site dire que le film était anti-américain. Un peu de sérieux... Oui le film critique la mondialisation (voire une forme de colonisation qui serait plus insidieuse), embrasse l'idée d'une singularité de chaque peuple, mais il faut quand même voir que c'est le personnage de Tom Cruise (qui est américain) qui doit faire prendre conscience aux japonais à quel point leur culture est précieuse, importante et nécessaire pour leur singularité et leur mode de vie. Pour résumer, après que les américains s'inspirent des héritages culturelles de chaque nation, viennent poser leur grosse caméra au Japon pour mettre en avant une super star américaine, ils vous font des grands discours sur le fait que chaque culture doit resté unique et singulière, faisant donc prendre conscience aux personnages japonais du film que « oui, c'est vrai, c'est pas bête comme idée, on n'y avait pas pensé avant l'arrivée de Tom Cruise ».