Incontestablement, Spielberg a toujours eu la fibre héroïque et aventureuse et beaucoup de ses films en sont l'illustration...Et l'univers de Tintin, en l'adaptant, était pour lui une occasion de retrouver et de surpasser ce qui fait le coeur de son cinéma....Beau défi, réussi en grande partie... Evidemment, être à la fois respectueux du patrimoine d’Hergé tout en amenant un nouveau souffle n'était guère évident, tant le personnage et ses aventures sont universels, confortablement rangés sur les rayonnages et dans la tête de millions de lecteurs.... Mais face à ce matériau d’origine, Spielberg fait sien des nouveaux formats dans lequel il veut proposer son Tintin : la motion capture, l'animation et la 3D. D’ailleurs, il amusant de noter que le début du film, ou on voit le personnage se faire dessiner par Hergé même, a tout d’une mise à jour conceptuelle : on passe de la planche au relief, d’images figées à la capture de mouvement... Cette scène a tout d’un rituel de passage, qui emmène Tintin vers un nouveau traitement tout à la fois cinégénique et moderne. Dans ce contexte, et sans doute dopé par les innovations de James Cameron avec « Avatar », Spielberg décide donc de s'approprier l'exercice technologique en le transcendant par de fulgurantes idées de mise en scène. Cela donne un film quasiment sans temps mort, rempli de trouvailles visuelles, drôle et astucieux… Maintenant, cette performance a juste le défaut de tendre vers une forme d’efficacité très américaine et, plus précisément, vers une virtuosité pyrotechnique qui rappelle de beaucoup la saga « Indiana Jones ». Par exemple, ce somptueux plan séquence à Bagghar est de cet ordre- là. Bon, il y a bien une ou deux séquences moins inspirées (la conclusion dans le port entre Haddock et Sakharine…), mais au moins, Spielberg ne passe pas â côté du concept, l’aventure avant tout !! Gros plan sur le scénario: il concentre à la fois les péripéties du « Secret de la Licorne », du « Trésor de Rackham le rouge » et du « Crabe aux pinces d’or ». A l’arrivée, rien de vraiment dérangeant, on est même surpris par la cohérence narrative même si, au passage, il a fallu sacrifier des scènes importantes, voire des personnages (pas de Triphon Tournesol !!) au profit d’autres qu’on n’attendait pas si tôt (La Castafiore…) ; bref des choix qui seront sans doute âprement débattu chez les tintinophiles hardcore, pour ma part je trouve que les scénaristes, Edgard Wright et Stephen Moffat, ont su judicieusement adapter les histoires et marier les univers… Et que dire, enfin, des personnages? Que l’on retrouve le capitaine Haddock qu’on connait, râleur et alcoolique, très attachant…Quant à Tintin, la houpe 3D dans le vent, il est toujours malin et intelligent mais aussi toujours asexué et fade ....Quant au graphisme des personnages, il est plutôt réussi malgré un aspect « bovin » atypique, assez drôle finalement. Au final, ce « Secret de la Licorne » est plutôt une bonne surprise, en dépit d’une frénésie d’action non stop et de quelques petites longueurs.