Wild at Heart est un film hanté par l’incendie, celui qui s’est propagé avant mais que la mise en scène rapporte par différents effets de flashbacks et de superposition, en lien direct avec
la topique amoureuse tout à la fois traditionnelle et moderne, allumettes et cigarettes à l’appui
. Cet incendie constitue la clef réunissant protagonistes et antagonistes, son élément un potentiel de destruction et de création dans une interdépendance que rien ne saurait arrêter – en témoigne la récurrence des flammes, visibles dès le générique d’ouverture –, la rencontre
de la pulsion de vie et de la pulsion de mort
, qu’elle soit éprouvée ou fantasmée (cf. visions de la mère). Il acquiert une puissance mythologique, convoquant et consumant les mythes américains pour mieux les réinventer, du chanteur Elvis Presley au conte de Lyman Frank Baum, The Wonderful Wizard of Oz (1900), sans oublier le road movie, forme libertaire qui dessine une route, une ligne, un fil conducteur à même de ramasser les univers individuels – puisque tous les personnages se mettent en route,
quittent leur domicile à la poursuite des deux amants
. Le dérèglement représenté traduit un sentiment de perte de repères alors ressenti par le cinéaste, qui le concurrence par une émancipation offerte, quatre mois durant, à ses comédiens principaux, le temps d’un tournage mémorable.
Traversée de déserts géographiques et humains, recensement d’une contre-culture qui existe en marge de la culture officielle, Wild at Heart peuple cette traversée de son imaginaire commun à d’autres œuvres, Twin Peaks en tête – mais l’art de David Lynch n’est-il pas total, chacune de ses œuvres en explorant davantage certains aspects ? Et la plus belle, la plus forte modernité réside peut-être ici dans le souci de trouver en Sailor et en Lula deux alter ego, deux êtres égaux, vigilants et respectueux non de la société (malade) mais d’eux-mêmes, deux êtres impliqués dans la démonstration d’une idée, cachée derrière une romance incandescente :
la permanence de l’amour, c’est-à-dire de l’incendie
. Le découpage chronologique du film, construit sur des ellipses, réduit leurs séparations et porte ce désir de les voir se réunir encore et encore et pour toujours. Un chef-d’œuvre magnifiquement filmé et interprété.