Casa Nostra — Lady Vengeance, la vengeance servie très froide
Casa Nostra, journaliste pour Plein la Gueule, n’est pas exactement connue pour distribuer des caresses aux films qu’elle chronique. Ses baffes cinéphiles sont redoutées et, quand elle dégaine ses métaphores, mieux vaut ne pas rester dans le rayon d’explosion. Pour la page Facebook « Je fais mon Cinéma », elle s’attaque cette fois à ** Lady Vengeance ** de Park Chan-wook.
« Alors là… comment vous expliquer ça ? » Casa Nostra hésite. Ce qui, chez elle, est déjà inquiétant.
« C’est sombre. C’est violent. C’est coréen. Donc forcément, à un moment, quelqu’un va passer un très mauvais quart d’heure. » Elle sourit. « Si vous avez aimé Old Boy, vous connaissez déjà un peu la maison. Park Chan-wook aime les histoires de vengeance comme d’autres aiment les comédies romantiques : avec beaucoup d’application et absolument aucune envie de faire dans la dentelle. »
Et Lady Vengeance ne déroge pas à la règle. Une histoire de vengeance, donc. Mais pas simplement une vengeance façon ** Kill Bill ** où l’on ressort le sabre, on découpe quelques types et on passe au suivant.
« Là, c’est plus tortueux. Plus pervers. Plus psychologique. Et franchement… plus trash. » Casa Nostra cherche ses mots. « C’est un film qui vous prend par la main en vous faisant croire qu’il va vous raconter une histoire et, au détour d’un couloir, il vous balance une enclume sur la tête. »
Voilà. La métaphore explosive est sortie.
« Ce qui est fascinant, c’est cette manière qu’a Park Chan-wook de mélanger la beauté et l’horreur. Il peut vous offrir une image magnifique et, deux secondes plus tard, vous mettre quelque chose devant les yeux que vous auriez préféré ne jamais voir. C’est élégant, cruel, baroque… et complètement barré. » Elle réfléchit encore. « Je ne sais même pas vraiment comment décrire Lady Vengeance. Et finalement, ce n’est peut-être pas plus mal. Certains films, il faut arrêter de vouloir les mettre dans des petites cases avec une étiquette dessus. » Elle hausse les épaules. « Celui-là, il faut le voir. » Puis elle abat son verdict. « C’est un petit chef-d’œuvre dans son genre. Mais attention : quand je dis petit chef-d’œuvre, je ne veux pas dire petit film. Je veux dire que c’est le genre de film qui vous reste dans la tête après le générique. Un film qui vous regarde encore alors que vous avez déjà éteint la télévision. »
Casa Nostra sourit. « Et ça, en matière de cinéma, c’est quand même bon signe. »
C'était Casa Nostra, pour Je fais mon Cinéma.
Charlotte Chapeau Rond et Rouge — Lady Vengeance, la vengeance de trop
Charlotte Chapeau Rond et Rouge aime le cinéma qui dérange. Celui qui gratte là où ça fait mal, qui dénonce, qui dévoile les vérités que l’on préférerait parfois ne pas regarder en face. Rebelle dans l’âme, elle aime surtout quand le cinéma refuse de rentrer dans les cases. Mais avec Lady Vengeance, dernier volet de la trilogie de la vengeance de Park Chan-wook, Charlotte a surtout envie de refermer la porte. Définitivement.
« Bon. Voilà. C’est terminé. » Elle ne semble pas particulièrement émue. « Et c’est peut-être la meilleure nouvelle de cette trilogie. »
Après Sympathy for Mr. Vengeance et Old Boy, Park Chan-wook conclut son triptyque avec cette nouvelle histoire de vengeance.
« Sauf qu’à un moment, il faut savoir arrêter. Parce que là, on finit par avoir l’impression d’assister à une promenade vengeresse au milieu d’un gigantesque bain de sang. » Charlotte n’est pas convaincue par le mélange des genres. « Le film veut prendre des allures de conte onirique. Il y a cette esthétique très travaillée, presque féerique par moments… mais moi, cette balade vengeresse en forme de conte de fées, elle me passe complètement au-dessus. » Elle soupire. « Trop sophistiqué. Trop appuyé. Trop démonstratif. Et puis il y a les scènes de sexe inutiles. Elles n’apportent pas grand-chose à l’histoire. On pourrait parfaitement s’en passer. Et franchement, quand un film est déjà suffisamment chargé comme ça, je ne vois pas pourquoi il faudrait encore rajouter une couche. »
Charlotte reconnaît pourtant le savoir-faire du réalisateur.
« Visuellement, c’est magnifique. Park Chan-wook sait fabriquer des images. Il sait créer des ambiances. Il sait filmer la violence avec une élégance presque dérangeante. Mais à force de vouloir transformer cette vengeance en objet esthétique, j’ai fini par rester à distance. » Elle croise les bras.
« Et puis cette obsession de la vengeance commence sérieusement à tourner en rond. » Un petit sourire apparaît. « Heureusement qu’une trilogie s’arrête à trois. Parce qu’à quatre, on aurait probablement eu droit à l’Apocalypse. »
C'était Charlotte Chapeau Rond et Rouge, critique pour Je fais mon Cinéma.
Casa Nostra répond à Charlotte Chapeau Rond et Rouge
« Alors là, Charlotte, je ne suis pas d’accord. Mais alors pas du tout. » Casa Nostra pose ses lunettes, comme si elle s’apprêtait à distribuer une nouvelle salve de baffes cinéphiles.
« Tu vois dans Lady Vengeance un bain de sang absurde. Moi, j’y vois autre chose. Derrière la vengeance, derrière la violence, derrière toute cette mise en scène parfois baroque, il y a surtout les femmes. Les femmes battues, bafouées, humiliées, méprisées, rejetées, trompées… celles qu’on accuse avant même de les écouter. Et c’est là que le film me parle. Cette vengeance, elle dépasse largement le simple règlement de comptes personnel. Elle devient presque une vengeance collective. Une manière de dire : vous nous avez fait taire, vous nous avez humiliées, vous nous avez condamnées… maintenant, écoutez-nous. »
Un sourire apparaît.
« Alors oui, c’est violent. Oui, c’est trash. Oui, Park Chan-wook envoie parfois la poésie se promener au milieu des cadavres. Mais derrière tout ça, il y a une colère. Et cette colère, elle vient de loin. » Casa Nostra hausse les épaules. « Parce qu’être une femme, dans certaines histoires, suffit encore à devenir coupable. Coupable d’avoir aimé. Coupable d’avoir été trompée. Coupable d’avoir parlé. Coupable d’avoir survécu. » Elle reprend son souffle. « Lady Vengeance, c’est peut-être ça aussi : une vengeance cinématographique offerte à toutes celles qu’on a humiliées, accusées à tort, salies ou détestées simplement parce qu’elles étaient des femmes. »
Puis elle regarde Charlotte.
« Alors tu peux ne pas aimer le conte. Tu peux trouver les scènes de sexe inutiles. Tu peux même considérer que Park Chan-wook en fait trois tonnes — et sur ce point, je veux bien te concéder quelques kilos. » Elle sourit. « Mais moi, je garde la colère. »
Et, fidèle à elle-même, Casa Nostra conclut d’une dernière baffe :
« Parce qu’un film qui transforme la vengeance d’une femme en cri collectif, ça mérite quand même qu’on l’écoute avant de lui tirer dessus. »
Nos deux chroniqueuses se sont mis d'accord pour noter le film de sur 5.