Ça parle de quoi ?
Après quinze ans derrière les barreaux, un braqueur de banque sort de prison et veut récupérer le butin qu’il avait confié à son frère avant son arrestation. Mais ce dernier, convaincu d’être la réincarnation de John Lennon, l’entraîne dans un voyage aussi inattendu qu’improbable…
Viking of the World
Dire des films d'Anders Thomas Jensen qu'ils sont "inclassables" est certes vrai, mais relève aussi de l'euphémisme. Et le terme ne retranscrit pas totalement l'équilibre que le réalisateur danois trouve d'un opus à l'autre, et la manière avec laquelle il sait nous surprendre et se renouveler.
Même si l'humour (très) noir sert de fil rouge dans une oeuvre dans laquelle on croise des bouchers et leur sauce si particulière (Les Bouchers verts), un pasteur qui accueille un ex-détenu dans sa paroisse (Adam's Apples), deux hommes qui découvrent qu'ils sont frères et viennent d'une famille, disons, particulière (Men & Chicken) ou un militaire qui cherche à venger sa femme tuée dans un attentat (Riders of Justice).
Motel
Aucun film ne ressemble au précédent, mais on y croise quand même deux visages récurrents : ceux de Nikolaj Lie Kaas et - surtout - Mads Mikkelsen, qui font encore des merveilles dans The Last Viking. À commencer par le second, habitué aux rôles de méchants à Hollywood (Casino Royale, Les Animaux Fantastiques, Doctor Strange, Indiana Jones 5...) et qui incarne un homme persuadé d'être la réincarnation de... John Lennon. Et qui cherche ses autres Beatles dans la forêt de son enfance où son frère, braqueur tout juste sorti de prison, se met en quête de son butin caché sur les lieux.
Drôle, violent, émouvant, surprenant (parfois dans un même élan), The Last Viking fait partie de ces films qu'il est difficile de résumer, sous peine de trop en dire alors qu'il vaut mieux en savoir le moins possible avant le début de la séance, et parce que nos mots risquent de mal retranscrire son ambiance.
Mais l'importance du film, passé par le dernier Festival de Venise, va bien au-delà de ses nombreuses qualités, puisqu'il marque les grands débuts de Motel, son tout jeune distributeur français, créé par Simon Robert et Guillaume de Castro. Et ça, ça valait bien quelques questions pour faire connaissance avec ce nouveau venu dans le paysage cinématographique hexagonal.
AlloCiné : Quand et comment est né Motel, et pourquoi ce nom ?
Simon Robert : Motel est né d’une envie commune, avec Guillaume De Castro, de monter notre propre structure. Nous avons observé un certain nombre de films qui ne sortaient pas en salle au cinéma malgré un véritable potentiel. Nous nous sommes également dit qu’il y avait une place à prendre dans le cinéma art et essai qui parlerait à tous les publics, y compris la jeunesse.
Un motel est un lieu de passage, où l’on s’arrête pour faire une pause. Comme une salle de cinéma, c’est un endroit où l’on côtoie des inconnus venus de partout ; dans un motel, chaque chambre a une histoire, l’une peut être occupée par un tueur en série et celle d’après par des jeunes partis faire le spring break ! Dans une salle de cinéma, on peut être assis entre une étudiante et un homme d'affaires, et voyager à travers des univers très différents.
On aimait donc beaucoup le lien entre les deux, et il y a quelque chose de très cinématographique dans le motel, c’est un décor très utilisé dans les films américains de Wim Wenders à Hitchcock en passant par Sean Baker ou Christopher Nolan.
"Le cinéma est un art mais c’est aussi une industrie, et la distribution est le maillon le plus à risque de la chaîne"
Quel est le plus gros challenge aujourd'hui, quand on se lance en tant que distributeur ?
Le plus gros challenge est financier. Le cinéma est un art mais c’est aussi une industrie, et la distribution est le maillon le plus à risque de la chaîne. L’autre challenge est de convaincre les salles de cinéma comme les médias de nous faire confiance !
Pourquoi "The Last Viking" est un premier film parfait pour vous lancer ?
D’abord parce que c’est une comédie noire très réussie, où l’on passe du rire aux larmes… puis des larmes au rire à nouveau ! C’est le mix parfait entre tout ce qu’il fallait : le film d’un auteur danois très sous-estimé ici en France (il est le penchant plus fou de Thomas Vinterberg), avec un acteur-star très reconnu (Mads Mikkelsen, aussi à l’aise au Danemark avec Drunk ou La Chasse qu’aux USA avec James Bond, Hannibal, Indiana Jones, Star Wars). C’est un film qui ne laisse pas indemne et, après des dizaines de festivals en France, on se rend compte qu’il plaît beaucoup.
"Motel souhaite défendre un cinéma venu des quatre coins du monde, pas seulement français"
Quelle sera la ligne édito de Motel ? Quels genres de films constitueront son catalogue ?
Motel souhaite défendre un cinéma venu des quatre coins du monde, pas seulement français. Des films qui racontent quelque chose de notre époque, des nouveaux visages et regards. Indépendamment de ça, nous serons sur des genres aussi variés que possible : drame, comédie, thriller, films d’animation, documentaires, etc…
Quelles sont vos prochaines sorties ?
Après The Last Viking, nous sortirons le 4 novembre American Citizen un drame / thriller américain vertigineux où Nick Offerman incarne un père suprématiste dont le fils, incarné par Jacob Tremblay, commence à douter… Dennis Quaid complète le casting de ce film très fort, passé par Deauville et Reims Polar, qui parle autant d’une relation conflictuelle entre un père et un fils que de l’Amérique actuelle. Puis nous sortirons à l’automne Bogota 85, basé sur l’incroyable histoire vraie d’une prise d’otage qui a traumatisée l’Amérique du Sud.
Viendra ensuite le 2 décembre Rédemptions, nouveau film de Luc Picard et produit par l’un des producteurs de Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan. Un drame qui questionne notre rapport à l’amour autant qu’à la violence. Un tueur à gage est contraint de sortir de sa retraite pour reprendre du service et mener à bien une mission qui va impacter la vie de 8 personnes entre Montréal et Paris. Aux côtés d’acteurs québécois, on retrouve Damien Bonnard et Gérard Lanvin dans ce film choral très émouvant.
Enfin, nous sortirons le 10 mars 2027, Blue Hour, un lumineux et magnifique premier film de Ornella Pacchioni. Le récit d’une jeune femme (Kim Higelin) qui décide que cette journée sera la dernière. On la suit, déambulant dans Londres, aux côtés notamment de Francesca Amewudah-Rivers. Et deux films de patrimoine américains se rajouteront très prochainement à cette liste !
Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 6 juillet 2026