Il y a quelque chose de presque fascinant, avec *Speed 2 – Cap sur le danger* : ce n’est pas seulement un “mauvais” sequel, c’est un film qui semble contredire, plan après plan, la raison même pour laquelle *Speed* fonctionnait. Le premier était une idée pure, une règle du jeu limpide, une tension qui naissait d’un espace réduit et d’un mouvement obligé. Ici, l’idée est comme diluée dans une promesse de carte postale : du soleil, une croisière, une romance, et soudain un danger “à bord”. Sur le papier, on peut se dire que le changement de décor ouvre des possibilités. À l’écran, il donne surtout l’impression d’avoir remplacé l’adrénaline par de la moquette épaisse : tout devient plus mou, plus long, plus lourd, et la mise en scène passe son temps à tenter de secouer un récit qui s’entête à somnoler.
Ce qui gêne très vite, c’est la façon dont le film confond le spectaculaire et la tension. Jan de Bont sait fabriquer des images “grandes”, des séquences pensées pour qu’on sente l’effort physique, le tournage compliqué, la cascade “réelle”. On sent l’ambition du grand spectacle, le goût du concret, la volonté d’installer un final à la démesure presque absurde, comme une démonstration de force artisanale. Sauf que le cinéma d’action ne se résume pas à empiler des morceaux de bravoure : il a besoin d’un pouls. Or le film choisit un cadre qui, par nature, s’accommode mal de l’urgence (un paquebot n’a ni la nervosité d’un bus ni la plasticité d’une ville), et au lieu de transformer cette contrainte en invention, le scénario la subit. Résultat : on attend que “ça” démarre vraiment, que l’étau se resserre, que l’idée devienne une mécanique… et on reste trop souvent dans une suite de péripéties qui font du bruit sans créer de pression.
Le casting, lui, illustre ce déséquilibre. Sandra Bullock a l’énergie, l’abattage, une présence qui pourrait porter un film plus finement écrit ; mais le personnage est constamment coincé entre la comédie romantique et le film-catastrophe, sans vraie ligne émotionnelle. Son partenaire a le sérieux un peu lisse des remplaçants “fonctionnels” : il fait le job, mais on sent que le film lui demande d’être un moteur alors que la machine n’a pas d’essence. Et l’absence de l’ancienne figure centrale du premier volet plane comme un rappel involontaire : pas seulement parce qu’il manque un visage, mais parce qu’il manque une évidence de duo, une tension de jeu, une simplicité de dynamique. La seule vraie surprise, c’est Willem Dafoe : il apporte une étrangeté, une menace presque grotesque, un côté “film de méchant” qui pourrait être jouissif si le film osait davantage l’excès… mais il se retrouve à porter une partie du divertissement à lui tout seul, ce qui finit par souligner les creux autour.
Ce qui achève de frustrer, c’est l’écriture : dialogues qui cherchent la vanne au mauvais moment, situations qui répètent des automatismes du genre sans les réinventer, et surtout cette impression que le film ne croit pas assez à ses personnages pour que l’on s’accroche à eux quand l’action s’étire. Même les scènes d’urgence, censées être des pics, se diluent dans une mise en place trop longue ou une résolution trop mécanique. Et quand on en arrive à se surprendre à admirer davantage l’effort logistique que l’émotion procurée, c’est rarement bon signe : on “respecte” le film plus qu’on ne le ressent.
Il y a bien, par intermittence, une forme de plaisir coupable à regarder une superproduction d’époque se battre avec ses propres limites : la volonté du grand spectacle pratique, une musique qui essaie de redonner une colonne vertébrale au récit, quelques images qui rappellent que de Bont sait cadrer l’action pour qu’on comprenne l’espace. Mais pour moi, ces éclats ne suffisent pas à compenser le sentiment dominant : celui d’un sequel qui a confondu “plus gros” avec “plus fort”, et qui transforme une idée de haute tension en longue croisière sous tranquillisant. Au final, ce n’est même pas un naufrage “hilarant” : c’est un gâchis coûteux, très sûr de ses moyens, et pourtant étonnamment incapable de provoquer la chose la plus simple qu’un *Speed* devrait garantir — l’urgence.