La Haine
Note moyenne
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880 critiques spectateurs

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Arkhan
Arkhan

5 abonnés 43 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 24 mai 2022
J'ai eu du mal à attribuer une note à ce film.
On a d'un côté d'excellents atouts : une réalisation admirable, une photographie superbe et un noir et blanc très bien choisi, et évidemment un excellent jeu d'acteur. Le film est assez prenant, malgré quelques flottements.
Je ne parviens cependant pas à saisir la portée morale du film : s'agit-il d'une simple peinture sociale, décrivant la vie dans les banlieues, ou bien d'un film moraliste à la Disney ? Le nom du réalisateur m'a fait opter pour la seconde option. La première aurait été préférable.
Faisons-en donc la critique. "La Haine" est bourré de clichés du début à la fin, et surtout s'enferme dans un manichéisme ridicule. Il y a les gentils immigrés qui ont été méchamment parqués dans des tours de béton et qui ne demandent que leur acceptation dans la société, de l'autre les méchants policiers violents et souvent alcooliques ( spoiler: scène du commissariat, très difficile à regarder même quand on est plutôt du côté de la police
) ; entre eux, le peuple français non-immigré, représenté de manière on ne peut plus caricaturale par, entre autres, spoiler: les visiteurs de la galerie d'art contemporain
.
Il y a une scène que je trouve hautement représentative du film : spoiler: celle où deux jeunes femmes, visiteuses de la galerie d'art contemporain, sont accostées chaleureusement par les deux protagonistes. La confrontation, au-delà de ses stéréotypes évidents, illustre à merveille l'entièreté de ce métrage : les deux parties sont incapables de se comprendre, véritablement. Vinz et Saïd sont extrêmement agressifs, irrespectueux au possible, vulgaires. En face, les deux jeunes femmes sont presque amusées de voir ces hommes si peu subtils, dont les manières de faire diffèrent tant des leurs. Au bout d'un moment, le petit jeu cesse, une des deux femmes s'énerve, et Vinz part, comme d'habitude, au quart de tour, commence à insulter et menacer. Les trois hommes quittent la galerie en cassant tout ce qui leur passe par la main. Le choc des civilisations. Huntington résumé en deux minutes.

Tout au long du film, les protagonistes seront d'une vulgarité, d'une agressivité et d'un irrespect sans limites, qui faillit me faire arrêter la lecture en cours de route. C'est insupportable à regarder. Ils crachent partout, insultent tout le monde tout le temps, lancent des menaces en l'air à l'encontre de policiers boucs-émissaires.
Surtout, à aucun moment, aucun, absolument aucun, Vinz et Saïd ne se rendent compte que le problème vient peut-être d'eux. Que le meilleur moyen d'être accepté dans un environnement nouveau, c'est de le respecter. Des trois personnages, Hubert est celui que j'ai trouvé le plus intéressant : partagé entre la violence d'une cité qui le pousse à la haine envers la police, et la rationalité de savoir que la situation n'est pas que manichéenne ; il est le seul à utiliser ses méninges pour réfléchir, là où les deux autres se contentent de balancer de petites réflexions se voulant philosophiques mais n'exprimant que leur absence totale de discernement.
Ma note de 2/5 est probablement généreuse. Je refuse cependant de descendre en-deçà, au vu de la qualité de la réalisation.
Sébastien Rld
Sébastien Rld

24 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 22 mai 2022
Je n'ai pas aimé à sa sortie, je ne l'aime pas plus maintenant. Déjà à l'époque je trouvait que c'était une pâle transposition des 2 grands films que sont Boyz n a hood et Menace II society, mais là où les quartiers miséreux noirs de LA peuvent à eux seuls servir de décor et de scénario, ce n'est pas le cas pour la banlieue parisienne en 1995. Sans occulter les problèmes inhérents aux quartiers difficiles de France, moi qui y suis issu, je ne me suis jamais reconnu dans ce film. Les ficelles du scénario sont grosses, L'histoire commence avec le passage à tabac d'un Rodney King à la française, ce qui va déclencher des émeutes. Au travers du regard de trois amis, Kassovitz veut nous faire vivre la vie des banlieusards. Rapports conflictuels avec une police obligatoirement raciste, victimisation, chômage et vie de galériens, le tout manque beaucoup de finesse et on est bien loin du réalisme d'un autre film sorti en 95 qui traite de la banlieue : Raï, de Thomas Gilou. Kassovitz fasciné par un monde qu'il ne connait pas mais dont il s'approprie les codes réussi néanmoins un film considéré comme culte par toute une génération. Il en demeure des scènes mythiques comme le mix de Cut Killer et l'hommage à Taxi Driver. C'est surtout la découverte de 3 acteurs extraordinaires: Cassel, Kounde et Taghmaoui. Peut-être que si Kounde et Taghmaoui avaient eu la carrière de Cassel en France, alors ce film aurait servi à quelque chose.
Arsenik67
Arsenik67

25 abonnés 899 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 16 mai 2022
La Haine, c'est bien plus qu'un film de mauvais garcons dans le ghetto. Evidemment, la partie la plus facile a voir et le reflet de la societe et des porblemes presents en France lors des 30 dernieres annees. La mise en scene et le scenario forment une symbiose incroyable. Un compte a rebours de moins de 24h pour un atterissage violent et douloureux. Je note aussi le clash entre les expressions verlans et les expressions francaises classiques. Trois protagonistes, trois personalites marquees. Film culte.
Isaac L
Isaac L

12 abonnés 121 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 10 mai 2022
Réalisé par Mathieu Kassovitz, la Haine est une véritable pépite du cinéma français, une œuvre intemporelle qui mérite d'être vu de tous.
Le long métrage se présente comme un tableau, une plongée dans l'univers des cités à l'écart des centres villes, beaucoup plus riches. C'est une véritable escapade de 24h ; parfaitement rythmé ; et une odyssée aussi tonitruante qu'entraînante. La mise en scène est sublime et plus que ça, elle sert parfaitement le propos de l'œuvre. En effet, quand nos trois protagonistes sont dans la cité, les plans sont espacés, larges et lumineux pour nous montrer qu'ils sont dans leur territoire. Or, quand ils se retrouvent dans Paris même, le cadrage devient serré ; claustrophobe ; et la lumière se fait absente, laissant place à l'obscurité : ils ne sont plus chez eux, ils sont désormais seuls, dans un environnement inconnu et hostile. Ces trois personnages sont intégré par 3 acteurs de talent, en particulier Vincent Cassel, qui est ici électrisant et inquiétant. Le film nous montre que ces 3 personnages sont rejeté par tous et par toute, ce qui les rends très attachants. Dès lors, nous sommes plongés dans une situation horrible : la situation peut, à n'importe quel moment, exploser et dégénérer. Cette situation d'inconfort est mise en avant par le "tic tac" incessant présent tout au long du film : le film entier est une bombe à retardement. La fin, tragique et violente, l'est encore plus quand on sait qu'elle n'est dû qu'au hasard, qu'à un mauvais concours de circonstances, une tragique fatalité du destin qui s'abat sur nos héros. Le film démontre également une image de la violence malheureusement réaliste : chaques camps est responsable car c'est la nature même de la société. Un cercle vicieux dément. Et parmis cela on a le droit au point de vue du trio : pour Vinz, la violence et la révolte sont la solution alors que Saïd quand à lui, adopte une pensée fataliste, il assume ce qu'il est et ce qu'il vit, il faut faire avec. Le cas de Hubert est assez intéressant car il va essayer (en vain) de s'extraire de se système ; à travers le sport nottamment ; mais restera qu'un prisonnier de ce système, condamner à y rester.
Un film bouleversant.
Piermath
Piermath

13 abonnés 298 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 8 mai 2022
J'ai toujours eu un souci avec ce film. Il se veut un témoignage de la banlieue, de la dérive de sa jeunesse, de leur affrontement permanent avec la police. Je ne peux pas juger de la validité de ce témoignage car je n'y ai pas passé mon adolescence à cette époque là. Par contre quitte à faire un témoignage pourquoi ne pas faire un documentaire ? Pourquoi ne pas prendre comme acteurs que des jeunes issus de cet univers (Cassel est le fils d'un grand acteur français et quelque soit le niveau de son interprétation, je pense qu'il prend la place d'un jeune de la Cité qui aurait pu profiter du succès du film pour s'en sortir...)
Cela me laisse un arrière gout en bouche après visionnage, surtout la scène finale qui pour moi est à charge contre la police gratuitement, sans motivation. Elle semble justifier toute la violence de ces jeunes après l'avoir presque magnifié par moments et certains plans se voulant iconiques de Cassel. Et du coup toute l'intelligence de l'interprétation d'Hubert Koundé et l'empathie pour son personnage qui sert à sortir son pote de la violence semblent vaines...
TUTUR29
TUTUR29

51 abonnés 1 344 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 2 mai 2022
Enfin vu pour la première fois La Haine, l'un des films français les plus cultes. Et je ne suis pas déçu. Évidemment, ça reste un film très tapageur dirons nous : les personnages sont tout le temps en train de crier et s'embrouiller, du coup c'est peut-être un peu fatiguant à suivre à la longue. Cependant, le message du film est toujours autant d'actualité et la manière dont il est passé à travers l'histoire de ces 3 jeunes de banlieue qui sont plus ou moins clean est incroyable. Le chemin parcouru par ces 3 gars jusqu'à à la fin est assez dingue et prouve bien le climat hostile qui règne dans ces cités et qui n'est bon pour personne, que ce soit citadin comme policiers. Bref, un grand film et des acteurs au top, d'une puissance politique et émotionnelle forte. A voir absolument !
FR Saas
FR Saas

16 abonnés 277 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 14 avril 2022
Le film décrit de manière assez triste une jeunesse de banlieue enfermée dans une bulle de médiocrité et déconnecté du monde et de ses réalités.
Spider cineman
Spider cineman

216 abonnés 2 554 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 9 avril 2022
Le film de Mathieu Kassovitz, la révélation d un réalisatrice d acteurs mais surtout une vision d une banlieue. Intrigue bien menée jusqu'à au paroxysme... et fatal dénouement.
Ritchie B.
Ritchie B.

4 abonnés 157 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 22 janvier 2022
PFFFF...

Ce film a une puissance qui reste d'actualité.
Très cliché (sur la ghettoïsation, les jeunes de banlieues, la vie de la cité), mais tellement de profondeur...
Ce qui fait un grand film c'est qu'il reste intemporel.

2022 je viens de visionner ce film, 17 ans qu'il est sorti.
Rien n'a changé...
Pascal M.
Pascal M.

1 abonné 16 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 1 janvier 2022
Ce film "La Haine" ne m'as pas vraiment marqué... Parfois cité dans les discutions quand j'étais jeune, je l'ai revisionné en 2021 et il ne m'as pas vraiment emporté... De mon point de vue, le scénario est maigre, les dialogues plus que moyen... Je n'ai pas senti quelque chose de particulier qui se dégage de ce long métrage... J'ai quand même apprécié le style de film en blanc et noir ainsi que le point de vue de la camera dans certains plans mais le reste est vide, selon moi...
J'ai visionné ce film histoire de dire que moi aussi, j'ai vu le film "La haine" mais ce dernier sera vite oublié.... Je suis déçu...
kingbee49
kingbee49

55 abonnés 655 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 12 décembre 2021
Un incontournable des années 90 dont le mérite est d'offrir une photographie sociale assez juste de la vie en banlieue et du désarroi de la jeunesse même si, quelques années avant, Jean Claude Brisseau avait déjà frontalement abordé le sujet dans "De bruit et de fureur ". "La Haine" est un espèce de road movie à l'esthétique un peu trop léchée mais sa force est bel et bien sa direction d'acteur et l'aspect tragicomique de cette succession de sketchs organisés en film. Par contre la référence à Taxi driver" me parait hors sujet. C'est un truc de cinéphile.
Julien R
Julien R

8 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 25 novembre 2021
Excellente réalisation ! Du cadrage, du mixage son. Toutefois, politiquement, c'est un film vide; qui n'amène ni réflexion ni revendications. De ce point de vue c'est décevant.

Point fort sur les violences policières mais qui encore une fois n'est qu'un pur constat
Barbe d’or
Barbe d’or

6 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 18 novembre 2021
Un monument de l’histoire du cinéma.
La première plongée filmée dans les cité.
La musique est génial, les comédiens…
Je suis fan !!!!
tuco-ramirez
tuco-ramirez

167 abonnés 1 788 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 8 novembre 2021
23 ans séparent « La haine » de « Les misérables », mais ils parlent tous deux de la même fracture sociale que rien n’a réduit malgré les années. Les deux prouvent que la violence policière est toujours plus légitime aux yeux de la société que l’émeute urbaine. Entre les deux, un changement de point de vue ; une première fois le film adopte le regard des jeunes de banlieue et une seconde fois celui des policiers. Film coup de poing, il remporta le prix de la mise en scène à Cannes et le César du meilleur film en 1996.
Reprenons le critique de Critikat pour un film intemporel devenu culte :
« Comme les films noirs dont il est inspiré, La Haine raconte l’histoire d’une chute causée par la poursuite d’un fantasme. Les trois personnages principaux du film ne sont pas animés par un désir charnel ou attirés par l’appât du gain, ils fantasment seulement l’idée de reprendre possession de leur image. Quand ils ne sont pas cantonnés au simple statut de spectateurs de programmes de télévision ou de publicités, Saïd (Saïd Taghmaoui), Hubert (Hubert Koundé) et Vinz (Vincent Cassel) restent prisonniers de rôles cousus de fil blanc : celui de la petite frappe, du dealer ou encore de la victime de violence policière, soit autant de variations des clichés typiques du « malaise des banlieues ». Dans un contexte d’émeutes provoquées par une bavure dans leur quartier, Hubert et Vinz s’affrontent sur les moyens de redéfinir leur rôle dans la société sous le regard de Saïd, leur ami, personnage par lequel nous entrons dans le film.
De l’autre côté du miroir
Il est important de relever que ce témoin propose un regard amical sur les deux autres protagonistes. En 1994, un tel choix de point de vue sur des personnages « issus des banlieues » est encore rare. Nous nous plaçons ici à hauteur d’homme, Saïd nous offrant un rapport privilégié pour rencontrer ses deux compères. Vinz est le premier à être présenté, par l’entremise d’une scène de rêve (choix qui remet en question le statut de certaines images qui l’accompagneront par la suite). Dans un plan resté dans les mémoires, c’est lui qui prononce la célèbre réplique de Robert De Niro issue de Taxi Driver : « C’est à moi qu’tu parles ? » Le miroir s’apparente ici à un écran face auquel il reste seul, spectateur de lui-même. Vinz n’est en fait jamais sorti du rêve : le poster derrière lui qui encadre sa tête place son imaginaire en dehors de sa réalité immédiate. En cela, il est le personnage le plus enfantin du trio, son cabotinage s’apparentant le plus souvent à une simple posture. Un peu plus tard, devant la télévision qui diffuse les images des émeutes auxquelles il aurait participé, il rage de ne pas avoir été filmé. C’est que Vinz veut devenir un personnage de télé, preuve suprême d’une existence sociale à l’apogée de l’ère de la petite lucarne. Quand il trouve un pistolet perdu par un policier dans la cité, il y discerne la possibilité de se retrouver au cœur d’une grande scène tragique : celle d’un meurtre par vengeance, sorte de sacrifice pour « rétablir la balance » et s’extraire de l’éternel rôle de victime.
Hubert fait office quant à lui d’adulte au sein du trio. Il voit d’un mauvais œil les projets de Vinz et tente de le dissuader de commettre l’irréparable. Persuadé que la haine attise la haine, il cherche à s’en sortir par le haut afin de quitter cet enfer et se réinventer ailleurs. Il est, d’une certaine manière, représentatif d’une forme de réussite légitimée par les discours des gouvernements successifs, de celles qui prouvent que le travail paie et ouvre les portes d’un monde meilleur pour les plus méritants. Hubert est un personnage rassurant et profondément sympathique, qui parvient de justesse à éviter que Vinz ne se serve de son arme en le confrontant à l’impasse où le mène son projet. Mais cette idée d’élévation par la vertu se révèle être elle aussi un fantasme, quand une nouvelle bavure est commise sous ses yeux. C’est alors Hubert qui pointe le pistolet vers les forces de l’ordre, menant à son terme le projet de Vinz. Cette fin, parfois décriée comme une touche finale de noirceur gratuite, permet à La Haine de ne pas se limiter à une simple leçon de morale. Si le destin des personnages se retrouve totalement bousculé dans le dénouement, c’est qu’il était plus difficile que prévu de s’en écarter : aussi méritant que puisse être un « jeune de banlieue », il reste plus exposé aux violences policières, c’est ainsi. C’est en cela que consiste toute l’importance de la Haine : le film part de la situation particulière de ses personnages pour proposer un regard humaniste à plus grande échelle, rappelant au passage que l’effondrement d’une société n’est en rien causée par la prétendue déchéance morale de ceux qui sont en bas de l’échelle sociale.
« Et qui nous protège de vous ? »
Kassovitz l’assume, ne serait-ce que par des citations explicites : La Haine est profondément imprégnée des films néo-noirs de la fin des années 1970 qui implantaient des structures de film de genre dans des décors réels. Nourrissant son deuxième long-métrage de déambulations dans des rues filmées comme des labyrinthes, Kassovitz fait le choix de cadres très composés. Les publicités, les tags, les images télévisuelles ou encore les formes des bâtiments attirent le regard, dessinant un monde envahi d’injonctions. Cette approche stylisée contraste avec une démarche qui se voudrait « prise sur le vif », parfois presque documentaire, mais elle se justifie par le choix du point de vue. La caméra arpente les différents quartiers de l’agglomération parisienne par le biais du regard des trois personnages. Or, ceux-ci en sont réduits à réagir à ces injonctions, seules prises qu’ils ont sur une ville qui les rejette. Vinz voudrait imiter des personnages des films, Hubert porte un regard politique sur les mensonges publicitaires, tandis que Saïd se les réapproprie au moyen de sa bombe de peinture. Paris met en scène leur exclusion, maintenant derrière ses murs ce qui leur est interdit : comme le dit Saïd, ils sont enfermés dehors (du périphérique comme des immeubles).
Lorsque le trio parvient à entrer quelque part, un piège se referme sur eux. Sur ce point, aucune scène n’égale celle du commissariat parisien : dans la terrible séquence de la garde à vue, le point de vue change et adopte pour la première fois celui d’un policier. La violence observée n’est en effet plus celle des trois protagonistes, il s’agit de celle des forces de l’ordre. Nous sommes aux côtés d’un jeune policier assis en retrait, placé en spectateur des exactions de ses collègues. Surgit alors un autre imaginaire : celui du racisme, de la violence acceptable, de la puissance par l’humiliation. Apparaît même un fantasme, là-aussi : celui d’une violence jugée légitime, proférée impunément grâce à son invisibilité. Désapprobateur mais impassible, le policier silencieux donne à ressentir la honte de ne pas réagir en ne disant rien, en baissant les yeux. Il ne faut pas laisser de trace, voilà le secret du métier, explique son collègue. Cette violence qui cherche à s’effacer se retrouve justement être, vingt-cinq ans plus tard, le thème central des Misérables de Ladj Ly, film dans lequel trois policiers tentent de mettre la main sur des images filmées d’une bavure. Mises côte à côte, les deux œuvres déploient une étonnante symétrie en ce qui concerne les enjeux liés aux images de violence. Le constat reste le même : la négation des violences policières attise les flammes plutôt qu’elle ne les éteint. C’est pourquoi l’image d’ouverture du film de Mathieu Kassovitz frappe peut-être plus encore qu’à l’époque de sa sortie. Cette affiche montrant une Terre frappée par un cocktail Molotov relie en effet la situation sociale en banlieue parisienne à une réflexion plus ample sur la propagation de la haine. Le fantasme à l’origine de la chute d’une société n’est en effet pas celui de banlieusards que certains veulent voir comme « ensauvagés », il s’agit plutôt de cette croyance mondialisée selon laquelle les coups de matraques sont plus excusables que la colère sociale. »
Donc un film incontournable
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GéDéon
GéDéon

140 abonnés 732 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 31 octobre 2021
Avec son deuxième long-métrage en tant que réalisateur, Mathieu Kassovitz signe une œuvre qui sert désormais de référence. En suivant la journée de trois amis issus d’une cité sensible (Vincent Cassel, Hubert Koundé et Saïd Taghmaoui), l’histoire dépeint l’univers des banlieues et les tensions qui les opposent aux forces de l’ordre. En prenant fait et cause pour ces jeunes délaissés par la société, le cinéaste expose au grand jour une facette jusque-là méprisée par les institutions. Bref, un sujet traité avec subtilité et humanisme dont l’actualité récurrente prouve l’intemporalité de ce drame fort justement récompensé du César du meilleur film en 1996.
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