Mélo uchronique (le récit se situe dans une sorte d'Angleterre bis, des années 70 aux années 90 du siècle dernier) ce "Never let me go" est donc une histoire d'amour improbable entre deux individus créés sans âme, donc sans humanité, sans avenir et sans espoir, pour le seul avantage de nantis, alors qu'une science sans conscience a permis de concevoir et d'élever des clones réserves vives d'organes (baptisés avec cynisme "donneurs"), sauf à remarquer que Kathy H (Carrey Mulligan) et Tommy D (Andrew Garfield) ne sont pas à l'usage des produits de série, mais des êtres sensibles et hautement émouvants, à la fois candides et résignés à leur sort inique : voilà pour le drame sentimental, superbement (et pudiquement) mis en scène, et interprété avec conviction par d'excellents comédiens (outre Mulligan et Garfield, Kiera Knightley, autre "donneuse", ou encore Charlotte Rampling en éducatrice impliquée). Mais évidemment cette troisième emballante réalisation de Mark Romanek (adaptation réussie d'un livre de Kazuo Ishiguro), si elle emprunte la forme originale de "l'histoire alternative" (prologue "rappelant" que l'espérance de vie avait atteint 100 ans , dès les années 50 - ce qui ne saurait se concevoir que dans une perspective historique "contrefactuelle"), peut aussi se lire comme une fable cette fois-ci futuriste, (mise en place avec une grande économie de moyens : ce n'est aucunement de la science-fiction tape à l'oeil, et ce n'en est que plus effrayant, car présenté comme entré dans les moeurs) et sachant que les progrès galopants de la recherche permettent d'envisager à terme (peut-être pas si lointain d'ailleurs : les bébés "médicament" existent déjà) des expériences, puis des pratiques courantes, dans le sens de cette (encore) fiction, c'est en frissonnant que l'on réenvisage cette histoire bouleversante, à l'aune de réflexions déontologiques, et même simplement morales, majuscules.