Le Tron d’origine, celui de Steve Lisberger, ne fut ni un chef d’oeuvre ni un énorme succès commercial mais est tout de même resté dans les mémoires comme un des projets les plus avant-gardistes des années 80, spéculant sur le futur de l’informatique et des jeux vidéo d’une façon qui devait alors sembler visionnaire et à laquelle je ne peux plus décemment accoler un autre adjectif que ‘croquignolette” aujourd’hui. Malgré des craintes évidentes quant à la nécessité de relancer la franchise vingt huit ans plus tard, ‘Tron : l’héritage’, en 2010, s’était débrouillé pour rester pertinent. Il semble que ‘Tron : Ares’ ait le privilège d’incarner l’épisode de trop. Pourtant, sur le papier, le projet tenait plutôt la route : des notions encore embryonnaires voici quinze ans, comme les imprimantes 3D et l’. ont été intégrées au scénario, et l’idée que les créations numériques imprimées dans le monde réel ne puissent rester stables que vingt neuf minutes n’était pas le pire concept qu’une superproduction SF puisse incorporer. D’autre part, je veux bien croire que sur un écran de cinéma, ‘Tron : Ares’ en flanquait plein la vue, les courses en moto et les traînées lumineuses rouges mortelles qu’elles laissent dans leur sillage étant plutôt idéales pour filer une claque visuelle. Sur un écran de télévision, ça perd pas mal en impact mais on peut toujours profiter de la ., bourrine mais efficace et cohérente vis-à-vis du film, qu’a signé Nine inch nails. On a aussi tout le temps de prendre conscience qu’il y a décidément quelque chose qui ne fonctionne pas du tout dans ‘Tron : Ares’. Peut-être que le fait d’inverser le paradigme fondateur n’était pas une si bonne idée que ça en fin de compte : au lieu d’explorer un monde virtuel conçu comme une dystopie bien humaine, on amène ces entités numériques dans le réel, ce qui est nettement plus banal et se traduit finalement à l’image comme une simple variation sur ‘Terminator’. On aurait pu s’en accommoder si tout, absolument tout le reste ne sonnait pas complètement faux ou à côté de la plaque. Je n’espérais pas de la Hard SF et une plongée techno-philosophique dans les contingences pratiques d’une telle expérience - encore que j’aurais sans doute apprécié davantage - mais bordel, l’IA qui devient humaniste et s’émerveille devant des étoiles et des lucioles ou la ligne de code unique et introuvable qui autorise la pérennité des IA sur le plan matériel, c’est un peu trop pour ma suspension d’incrédulité. En fait, à aucun moment on n’est secoué par l’intelligence du propos, ébahi par un retournement de situation qu’on n’avait pas vu venir (même le lien avec les épisodes précédents tient du fan-service le plus poussif), émerveillé par une scène d’action ou touché par la prestation des acteurs (Jared Leto est peut-être celui qui tire le mieux la couverture à lui, c’est dire). Les deux premiers films possédaient une personnalité bien à eux : cette fois, on a rarement ressenti avec autant d’acuité le passage à la moulinette Disney, pour des franchises garanties sans aspérités. ‘Tron : Ares’ n’est certes pas pire que plusieurs des récents Marvel…mais il ne leur est pas supérieur non plus, étant donné qu’il a été conçu dans le même moule.