Aucun doute, "Rosetta" est un miracle ! Celui d'assumer un misérabilisme total et de néanmoins réaliser un film fort. On ne peut nier que les frères Dardenne ne ménagent en aucun cas le spectateur, le plongeant dans le froid, la boue, la vase et en lui donnant à voir un tableau social déprimant. L'intelligence des Dardenne est de prendre conscience de ces éléments et de ne jamais les aseptiser, de ne jamais rendre ses personnages sympathiques ou de placer ça et là un humour qui désamorcerait la morosité ambiante. Cet univers existe et aucune raison - morale ou cinématographique - n'est suffisante pour ne pas le représenter tel qu'il est. Les cinéastes prennent donc leur sujet à bras-le-corps, comme en témoigne une mise en scène dynamique et cohérente, qui consiste essentiellement à suivre Rosetta de très près, caméra à l'épaule et sans jamais connoter ses actions. Les cinéastes se gardent bien de tout jugement pour le réserver à l'intelligence du spectateur, qui saura faire la différence entre la légitimité du combat de la jeune fille contre le chômage et ses choix impardonnables, à première vue égoïstes mais qui se révèlent être tristement nécessaires. Ce cinéma réaliste et sans concessions est toujours animé par l’ambiguïté de ses personnages, qui reflète exactement celle de la nature humaine : ni bons ni méchants, les hommes essayent simplement de survivre par tous les moyens dans un monde qui ne leur fait aucun cadeau. Complexe jusqu'au bout et refusant logiquement tout revirement scénaristique facile, le film se conclut sur une dernière séquence magistrale d'intensité dramatique et sur un dernier regard inondé par le désespoir : si Rosetta ne gagne pas, c'est bien le cinéma qui sort grand vainqueur de cette épreuve rude, sèche et puissante.
On ne peut pas dire que Rosetta soit un exemple de cinéma glamour ! Filmée caméra au poing, sans musique d'accompagnement, dans la lumière morose d'une Belgique dépressive, avec une économie de moyens sidérante et au plus près d'une Emilie Dequenne possédant la grâce d'un taureau, la première Palme des frères Dardenne est un véritable trésor de noirceur, une oeuvre moins naturelle que foncièrement brute, un film direct réalisé sans concessions. L'image est volontairement instable, les travellings épousent la marche de Rosetta avec une énergie désarmante et le réalisme des deux cinéastes atteint ici des vertues hallucinogènes. Certains critiqueront - à tord ou à raison - ce naturalisme systématique que les Dardenne ont adopté depuis La Promesse, cet exemple de cinéma-vérité teinté de misérabilisme... Peut-être, mais il réside en Rosetta une telle unité, une telle adéquation entre ses différents composants esthétiques, une telle efficacité narrative que le résultat tient du chef d'oeuvre. A leur façon, les frères Dardenne imposent les règles du cinéma de demain. Profondément noir et subjuguant : un incontournable.
Une histoire très noire dont la mise en scène des frères Dardenne (palme d'or à Cannes) est fantastique et superbement efficace. Les décors sont crus et tristes : le camping en bordure du périph, la zone industrielle... Le montage de scènes courtes s'enchainant rapidement, donne à l'histoire un rythme soutenu. Emilie Dequenne, Prix d'interprétation féminine à Cannes en 1999, et Fabrizio Rongione délivrent un jeu d'acteurs très brillant. Le pitch : Rosetta vit avec sa mère alcoolique dans un mobilhome : elle vient de terminer son contrat temporaire à l'hôpital. Gros plans sur sa lutte pour sa survie, sa recherche d'un nouveau travail, bref pour tenter d'avoir une vie normale. Camera à l'épaule, nous suivons son combat pour garder sa dignité, son calvaire pour trouver de l'argent, spoiler: Elle va se faire un nouveau copain Riquet, qui vend des gaufres.
Davantage salué par la critique et les jurés cannois que par les spectateurs, Rosetta a pourtant marqué un renouveau dans le cinéma néo-réaliste européen et placé les frères Dardenne en porte-étendard de ses fictions volontairement déprimantes, à caractères sociales et dont les moyens de réalisations se veulent aussi fauchés que leurs personnages. Le parcours difficile de l’héroïne, incarnée par la jeune révélation Emilie Dequenne, dont la caméra ne cesse de suivre au plus près le jeu à fleur de peau, tente de jouer sur le misérabilisme exacerbé de cette pauvre fille, présentée comme une débrouillarde révoltée envers sa situation précaire, mais son caractère antipathique freine rapidement l’emphase entre elle et le public. Tout le charme de ce drame social grisonnant vient donc surtout, et paradoxalement, de la justesse crue avec laquelle est dépeinte la dureté du quotidien des protagonistes tandis que le système de caméra au poing et le manque abyssal d’effet de mise en scène et d'habillage musical rendent ce spectacle morose quelque peu longuet.
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3,5
Publiée le 25 mars 2025
Hommage à Emilie Dequenne avec la "Rosetta" (1999) des frères Dardenne, sacrèe Palme d'or 1999! Oeuvre sans concessions à l’air du temps dont les rois de la frite n'ont jamais gagnèe! Dans le genre (difficile) du drame social engagè, c'est rèellement fort et l'on passe 1h35 physiquement èpuisè, à tenter de suivre le rythme effrènè avec lequel est menè ce portrait d'une ouvrière licencièe absolument bouleversante, constamment triste et qui ne se refuse même pas une lueur d'espoir si ce n'est l'ultime image du film! La camèra la suit parmi les dècors crus d'une Belgique dèprimante! Les Dardenne prouvent en tout cas qu'ils sont de solides rèalisateurs et que cette première Palme d'or n'est pas un hasard! Le 16 mars 2025, Rosetta a perdu son combat contre la maladie! Sa disparition dègage un grand sentiment d'injustice...comme son hèroïne d'ailleurs! Puisse ton âme reposer en paix Emilie...
Pour être honnête, je n'ai absolument rien compris à ce film durant lequel j'ai eu tout loisir de m'emmerder. A part des réalisateurs reconnus qui filment une nénette dont la pauvreté apitoie réellement et dont la bêtise surprend plus encore, à la seule fin de récolter des honneurs avec la misère, ce film ne propose rien de cohérent. Voir toute la misère du monde a certainement paru novateur aux intellos du festival de Cannes qui ont lu une nouvelle critique du marasme ambiant et du pouvoir libéral qui laisse les pauvres gens livrés à eux-même. Mais Si Rosetta rate et gâche tout dans ce film, rien ne vient rattraper ce docu-fiction sans âme. On se croirait dans un mauvais Bresson.
Le film qui a révélé Emilie Dequenne et surtout les frères Dardenne. Alors c'est social, ça parle d'un sujet difficile et douloureux, on sent les réalisateurs sincèrement impliqués et proches des gens qu'ils nous décrivent : n'empêche, niveau cinéma, ça reste très calme. En plus d'être parfois un peu ennuyeux, « Rosetta » est régulièrement gonflant pour une raison : son héroïne. D'accord : c'est fait exprès. Mais autant je n'ai rien contre les personnages complexes et ambigus, autant celui-ci est le plus irritant et antipathique qui soit, peinant lourdement à provoquer l'empathie. Bon, il y a tout de même cette fin qui fait un peu mieux passer la pilule et reconnaissons que ce côté anti-héros a quelque chose d' audacieux dans un genre plutôt habitué aux super-gentilles victimes ne pouvant rien contre l'adversité. Insuffisant pour convaincre réellement, la démonstration gardant quelque chose d'irritant, voire parfois de franchement pénible. Vouloir montrer les « vrais » gens, c'est bien : encore faudrait-il leur apporter l'humanité et surtout l'émotion nécessaire pour que l'on se sente vraiment concerné. Décevant.
Film de fiction officiellement ce film est aussi le meilleur représentant du docu-socialo-auteuriste car outre le fait qu'il ne s'agit pas à proprement parlé d'une histoire vraie le style des frères Dardennes pour ce film est d'une radicalité et d'une rigosité naturaliste qui a tout pour rebuter. On est proche du Dogme 95 des réalisateurs danois mais sans cette petite folie en plus, sans la petite pincée fictionnelle. Luc Dardennes a voulu faire de Rosetta une "guerrière qui ne se laisse jamais abattre"... Le problème s'est qu'on ressent pas cette combativité ou cette rage de survivre. Une bonne chose, l'éclosion d'une actrice, Emile Dequenne qui a depuis confirmé. Caméra à l'épaule, Rosetta en gros plan, on la suit dans un cheminement peu constructif. Au final l'héroïne ne se donne les moyens que par l'hystérie, la triche et même la trahison, ce qui est plutôt antipathique et anti-constructif. Le parti pris sans concession est respectable encore faut-il savoir transcender son sujet (dans le fond comme dans la forme). Cette Palme d'or 99 surestimée ne lui a d'ailleurs pas valu une reconnaissance folle. Encore heureux que les frangins belges se soient améliorés depuis. En conclusion une héroïne un peu plus bienveillante et surtout un vrai but (évolution, réussite, pire ?!) plutôt que ce manège et cette fin inepte.
Les dardenne filment comme des manches je fais mieux avec mon smartphone sinon quelle misere purée y 'en a des milliers comme Rosetta , la réalisation est un peu poussive avec son coté naturel limite pour avoir la palme
Emilie Dequenne est impressionnante de justesse dans ce film. Un film prenant, d'un réalisme sans précédent, une vraie réussite même si le thème abordé ne fait pas hurler de joie les spectateurs.
En 1999, le président du jury David Cronenberg créait la surprise en décernant la Palme d'Or à "Rosetta" quatrième opus des frères Dardenne. D'emblée, le style abrupt des frangins se fait grandement ressentir : photographie naturaliste et épurée, absence totale de musique, sans oublier bien sûr l'aspect résolument social. Filmé caméra au poing, cette dernière ne se concentre finalement que sur un seul personnage : Rosetta, jeune femme de 18 ans déterminée à trouver et conserver un emploi. Cependant, ce même style sans concessions parvient-il pour autant à échapper à l'ennui ? Malheureusement non. Certes, la jeune Emilie Dequenne conjugue avec force talent et retenue, mais cela ne suffit pas à nous extirper de cet excès de complaisance quelque peu plombant. "Rosetta" n'est qu'un film souffrant d'un trop plein misérabiliste, peu innovant, à l'esthétique glacée digne d'un mauvais téléfilm. On repassera.
Encore un grand film de la part des frères Dardenne, qui filment au plus près des personnages pour faire ressentir à plein leurs émotions auprès des spectateurs. Emilie Dequenne livre une prestation éclatante, criante de vérité. La dimension sociale est plus présente que jamais. Les réalisateurs filment ici les petites gens, les désoeuvrés, ceux qui galèrent et qui sont prêts à tout pour avoir un travail. Un grand film, un chef-d'oeuvre, un Dardenne.
L'archétype du "naturalisme" dans tout ce qu'il a de faux-cul, d'affécté, de surfait et de fondamentalement stupide en fait. Sous couvert de modestie "documentaire" (le refus de la fiction passant pour un gage d'objectivité), se cache la prétention inouie de dire aux spectateurs "voila la rélaité!". Bien sur, les Dardenne connaissent la réalité et nous, pauvres crétins probablement téléphages et consuméristes selon eux, avont fort besoin d'être éduqués. Ils ne se privent d'aucuns effets de manche (caméra à l'epaule juste histoire de nous donner envie de vomir, exacerbation des bruits ambients, temps gris,....). Tout flaire le trucage et rien n'est dit finalement sauf que Rosetta est une conne que la misére avilit et rédime à la fois. Soupe crypto-catholique, parfaite pour les lecteurs des Inrocks, de Télérama, de Libé et consorts.
L'un des rares films des frères belges que je n'avais pas encore vu. Leur première Palme d'or à Cannes est un Dardenne pur jus. Rosetta (formidable Emilie Dequenne, prix d'interprétation la même année) est une véritables boule d'énergie et de colère. D'abord agaçante, on s'attache peu à peu à elle, on la comprend (sans l'excuser) et on l'aime. Pas le meilleur film des Dardenne à mes yeux mais une œuvre puissante et attachante.
Pas facile à appréhender ce film. Je pensais m'attacher au personnage d'Emilie Dequenne mais elle est bien trop sauvage et ses réactions hystériques et sa trahison ont repoussé ma sympathie pour elle. Par contre, je n'ai rien à redire sur sa performance carrément énorme! Vraiment impressionnante. L'autre point négatif est la mise en scène que j'ai trouvé un peu trop brute. Cela dit, j'ai toujours aimé le cinéma des Dardennes que peu égalent en matière de réalisme. Le genre de destin misérable que tout le monde a côtoyé sans jamais y faire attention, en détournant le regard... Les Dardennes vous les montrent sans artifices, ça peut gêner mais le principal c'est que ça marque les esprits!