Dans le sud de la France, le magicien célèbre Stanley Crawford est chargé de démasquer, incognito, une médium suspectée de vouloir détrousser de riches et candides américains.
Evidemment, on se laisse tout de suite persuader par Woody Allen que les talents divinatoires de la jeune fille ne sont pas nécessairement de la poudre aux yeux, suivant l'idée que le cinéaste se fait de l'univers, qui est plein de mystères et d'inconnues. Colin Firth, du moins son personnage de magicien arrogant et rationnel, en fait des tonnes et s'enferre pesamment dans sa rhétorique cartésienne, jusqu'à la bêtise. Allen enfonce de philosophiques portes ouvertes et radote un sujet bateau à travers le débat entre la logique de l'un et l'intuition de l'autre.
Le cinéaste réalise un film joli. Joli comme les décors de la Côte d'Azur, joli comme la lumière des fins d'après-midi, joli comme Emma Stone, avec une reconstitution luxueuse et ...jolie des années 20. Et son film est terriblement bavard. La logorrhée allénienne, quand c'était le temps où Woody Allen la débitait lui-même, était irrésistible. Colin Firth subit la comparaison et son personnage est, lui, un moulin à paroles insupportable et fat. A tel point qu'on redoute qu'Emma Stone, suivant l'idée romantique que poursuit le film, trouve une quelconque séduction à ce vieux psychorigide qu'est Stanley Crawford même si les convictions de celui-ci se délitent inexorablement.
La toute dernière partie de la comédie offre un éclairage inattendu, comme un tour de passe-passe qui ouvre la voie à des considérations plus intéressantes, jusqu'à atténuer notre mauvaise impression. Peut-on pour autant oublier ce grand moment d'ennui et de bavardages qu'a été le film jusque-là? Sans doute pas.
Le Woody Allen que j'aimais naguère savait créer des situations de pure comédie ; avec le temps, ses réalisations deviennent toujours davantage sophistiquées et esthétisantes sur la forme tandis que les textes sont de plus en plus lisses.