Avec Sicario, Denis Villeneuve propose un thriller frontal sur la guerre contre les cartels, avec une promesse claire : plonger le spectateur dans une zone grise où les repères moraux deviennent instables. Et sur ce terrain, le film est globalement très solide.
Ce qui frappe d’abord, c’est la maîtrise de la mise en scène. Villeneuve installe une tension quasi permanente, souvent sans passer par des artifices spectaculaires. Certaines séquences, notamment les opérations à la frontière, sont remarquablement construites, avec un sens du rythme et de l’espace qui rend chaque moment lisible et oppressant à la fois. On comprend toujours ce qui se joue, mais on sent aussi que tout peut basculer à tout moment.
L’un des points forts du film réside aussi dans son approche du réalisme. Le film cherche à éviter les clichés habituels du film d’action, et propose une vision plus sèche, plus désenchantée. La violence n’est jamais gratuite, elle est brutale, souvent soudaine, et surtout dénuée de glorification. Cela renforce l’impression d’immersion, et donne au film une crédibilité qui fonctionne bien.
Mais c’est aussi là que le film devient plus discutable.
Le point de vue adopté, celui d’un personnage extérieur qui découvre progressivement les méthodes utilisées, est efficace pour le spectateur, mais il crée aussi une forme de distance. Le personnage principal sert de guide, mais reste parfois en retrait, presque spectateur des événements. Cela permet de poser des questions, mais limite aussi l’implication émotionnelle.
À l’inverse, certains personnages secondaires, plus ambigus, captent davantage l’attention. Leur présence apporte une tension supplémentaire, mais contribue aussi à déséquilibrer le film, en déplaçant l’intérêt vers des figures moins développées en profondeur.
Sur le fond, le film assume une vision assez pessimiste du conflit, où les frontières entre légalité et illégalité deviennent floues. C’est une approche intéressante, mais qui peut aussi donner le sentiment d’un propos un peu univoque. Le film pose des questions, mais n’ouvre pas toujours de véritable débat.
Enfin, malgré sa grande efficacité, le film reste assez froid. Tout est très maîtrisé, très contrôlé, ce qui renforce la tension, mais peut aussi limiter l’impact émotionnel. On est souvent impressionné, parfois pris, mais plus rarement réellement touché.