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Arkab Prior
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3,5
Publiée le 14 septembre 2026
Ne pas regarder si l'on est sujet à la mélancolie. Léviathan est une histoire désespérante, une tragédie qui se passe en Russie mais pourrait tout aussi bien se passer ailleurs. Andrey Zvyagintsev, réalisateur et co-scénariste, a gagné un Gloden Globe Award pour ce film. Les acteurs sont saisissants d'authenticité.
J'ai pris du plaisir à découvrir des paysages inconnus : notamment ceux de la péninsule de Kola, une région reculée au nord de la Russie occidentale, au-delà du cercle polaire ; le village de Teriberka, situé au bord de la mer de Barents, où ont été filmées les scènes de bord de mer, de toundra et de paysages côtiers (Wikipédia). La musique de Philip Glass colle parfaitement au drame qui se joue.
Au Nord de la Russie, dans un paysage minéral, au bord de la mer de Barents vivent Kolia, sa femme et son fils dans une maison qu'il a construite, peu à peu, de ses mains, et qui est sa fierté. Pour une raison qu'on ne devine pas, les autorités veulent à tout prix acheter sa maison, son terrain... Kolia va tenter de résister mais peut-on résister dans cette Russie où ceux qui ont un pouvoir même étriqué ont décidé à votre place ? Musique, photo, acteurs, scénario et bien sûr, réalisation nous happent jusqu'à un final qui nous laisse sonné. Un très très grand film.
J'aime la Russie, à tord sans nul doute comme le prouve Leviathan. Car ici Andreï Zviaguintsev prend grand soin de nous exposer le face à face entre un homme et la machine étatique. Concrètement : dans une petite ville du nord russe, battue par une mer d’acier, Kolya, mécanicien, voit sa maison menacée d’expropriation par le maire. Il résiste (du moins essaye), engage un avocat (du moins un "ami'), et s’enfonce dans une spirale judiciaire et intime dont l’issue paraît scellée d’avance.
De cette intimité, le titre annonce l’ampleur. Le Léviathan renvoie à la créature du Livre de Job et au monstre politique théorisé par Hobbes. En d'autres mots, Zviaguintsev interroge ce que signifie vivre sous une puissance qui dépasse l’échelle humaine. Dès les premiers plans, les panoramas du littoral, rochers massifs plongeant dans une mer d’ardoise, installent un régime d’image où la nature a une grandeur d'avance. L’humain y apparaît minuscule, déjà dominé.
La baleine échouée au squelette monumental est l'une des plus belles métaphores du cinéma contemporain. Elle matérialise à la fois la bête biblique et l’État tentaculaire. La mise en scène travaille la disproportion par des cadres où les corps sont écrasés par les architectures intérieures. La scène du tribunal condense cette violence par les mots. La décision est lue à toute vitesse, sans respiration. Le langage juridique n'a pas l'intention de s’adresser.
Kolya boit, il se trompe, il crie. L’alcool, omniprésent, est le carburant de sa fatigue. Kolya s’use. Sa colère tourne en rond. Ce refus de l’idéalisation rend la tragédie plus âpre. La souffrance n’est pas la récompense paradoxale d’une vertu. Le pouvoir, lui, se déploie dans sa continuité. Portrait de Vladimir Poutine au mur, statue de Lénine sur la place, iconographies différentes, même verticalité. L’ivresse pseudo-libératrice où l’on tire sur des portraits de dirigeants glisse vers l’autocensure lorsqu’il s’agit des figures contemporaines. Le Léviathan n’a même plus besoin de rugir. Il peut même s'échouer.
La photographie austère de Mikhaïl Krichman et la musique ample de Philip Glass instaurent une tension entre grandeur et impasse narrative. Ainsi plus l'image s’élargit, plus le destin se resserre. Lorsque la maison détruite laisse place à une église flambant neuve, l’allégorie se fait concrète. Le religieux et le politique scellent leur alliance sur les ruines d’une vie privée.
Avec Léviathan, Andreï Zviaguintsev compose une fresque d’une noirceur implacable, où l’individu se heurte à une machine politique et sociale écrasante. La mise en scène, ample et austère, inscrit les personnages dans des paysages grandioses qui soulignent leur impuissance face aux forces qui les dépassent. Zviaguintsev orchestre une tragédie moderne, nourrie de références bibliques, où la justice semble constamment détournée. Les figures humaines, fragiles et désillusionnées, évoluent dans un monde où l’espoir se fissure peu à peu. Un film puissant et désespéré, qui interroge avec acuité les rapports entre pouvoir, foi et corruption.
Un drame social d’un homme pris dans un engrenage et broyé par des évènements dont il n’a pas le contrôle « Léviathan » est un film froid dont le cynisme ne broie jamais les personnages d’un récit qui critique sévèrement une Russie en proie à la corruption et à l’hypocrisie d’une partie de sa population.
Ce film propose une réflexion sombre sur la corruption et l’oppression, mais son récit s’étire inutilement. Si le propos est puissant, le ton austère et le manque de rythme rendent l’expérience pesante. Une œuvre trop froide pour marquer durablement.
Rien de nouveau sous le soleil, ai-je envie de dire. Un sentiment de déjà vu transposé dans une autre culture avec pour résultat l'anihilation des cultures originelles. Évidemment que le cinéma hollywoodien inspiré les productions orientales et j'imagine que c'est important pour elles. Néanmoins, la critique cinématographique n'est pas là pour faire du politiquement correct. Ce film ne distille aucune émotion, repose sur un fil rouge sans surprise et une chute convenue. On est très loin de Hollywood.
J’ai aimé les squelettes en ruine dans le fleuve : bateaux, animal marin. J’ai aimé Pacha, le flic sensible que sa femme mène par le bout du nez. J’ai té étonnée d’entendre les condamnations lues à toute vitesse. J’ai aimé le revirement du récit et le doute qui’plane. J’ai failli avoir une cirrhose à voir les litres de vodka que les personnages boivent. Et j’ai aimé que le Leviathan ne soit pas celui auquel je pensais. Mais un film un peu long et contemplatif, parfois.
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1,0
Publiée le 18 octobre 2020
L'histoire est simple et peut être racontée en trente minutes et je ne comprends pas ces plus longs tournages et ces actes dépressifs pour rien. Le paysage est spécial et les gens vivaient dans une vie si désordonnée. Je peux comprendre l'isolement, la bureaucratie, le pouvoir, le gouvernement avec leurs astuces mais il n'y a pas besoin de moments aussi ennuyeux avec des visages d'acteurs qui ne me montrent rien. Je peux comprendre en trois secondes maximum ce qu'ils pensent mais il n'est pas nécessaire de rester quelques minutes dans le même cadre dans la même position et dans le même sentiment. Ce film a créé l'idée que les Russes savent simplement comment boire de la vodka et vivre comme des solitaires sans motivation ni espoir dans leur vie. Léviathan est film ennuyeux et très décevant...
Une intrigue simple et tellement étirée en longueur qu'on pourrait croire à une production chinoise : y avait-il matière à pondre un film de plus de deux heures quand on voit la lenteur à laquelle progresse le scénario ? Les enjeux sont dilués dans des litres de vodka, si bien qu'on se désintéresse très vite du sort réservé à ces personnages aussi tristes et froids que le climat du nord russe. Certes Zviaguintsev semble décrire avec fidélité et conviction la société russe contemporaine, ses mœurs et travers, mais cela ne compense que difficilement le manque de poigne et l’absence de rythme.
Il y a quelque chose de terrifiant dans ce Leviathan, il n'y a pas la place pour respirer, à peine pour espérer. Et pourtant on reste un peu étranger à cette oeuvre puissante mais hermétique. Il y a un désespoir profond au mal russe, il n'y a aucune échappatoire mais on reste un peu extérieur à ce déluge apocalyptique
Extrapoler un scénario complet d’une intrigue simple : aspiration sociale & inspirations surnaturelles, voilà le défi de Zvyaguintsev pour Leviathan.
Promouvant la distance spatiale, avec de grands paysages, des sons qu’on entend de loin, de récurrents trajets en voiture & des phrases longues, le réalisateur est comme réticent à montrer la proximité. Il voulait que le film soit déduit par le spectateur, l’appâtant dans le trou de souris d’une interprétation mise à l’étroit. Alors l’esprit se fixe sur une chose : le titre.
Inception discrète d’un symbole qui transcende le quotidien, le léviathan va devenir la métaphore & le leitmotiv du visionnage. On croira le voir entre les épaves, on craindra son courroux quand un caillou est jeté dans une eau calme, & lorsqu’une baleine perce la surface de l’eau au loin (toujours au loin), ce n’est évidemment pas une baleine.
La menace biblique, franchement ésotérique, devient une menace – franchement ésotérique – pour l’image-même que l’on contemple, transformant l’écran en l’océan que déchire l’évent du monstre ; l’air de rien, cela amène du rythme dans une vie de tous les jours assommante. En effet, les plans sont beaux mais les lents travellings tous les mêmes – ou bien s’agit-il de la vérité annoncée par le pope, ce “reflet de la réalité qui n’a pas besoin de se travestir” ? Le peuple de Mourmansk ne vit effectivement qu’aux heures où les nuages se déguisent de couleurs vives, des moments qui bornent des journées courtes, mais Zvyaguintsev est trop mystique pour jouer les fildeféristes climatiques de la contemplation pure.
Non, décidément, il faut se raccrocher à ce léviathan qui reste mystérieux avant qu’on ne voie son squelette sur une plage, puis sa résurrection silencieuse, au loin (toujours au loin), accompagnant le retour en disgrâce de sentiments trop forts finalement trop peu évoqués.
Quand le social se mêle au familial, tout se passe pour le mieux. Quand les acteurs jouent pompettes parce qu’ils ont bu de la vraie vodka pendant les dix prises de la scène, aussi. Mais le tournage prend du même coup des allures de défi qui défont la trame déjà fragilisée par trop de symboles creux.
Ode judiciaire admirable, fortement documentée & immersive puis habile en déviations de toutes sortes, le film n’est pas parvenu à me faire percevoir ses éléments & protagonistes comme rayonnants ou résonants. Ce qui me conforte dans cette déception, c’est ce que Leviathan a de plus fort : Roman Madyanov & Anna Ukolova, & la figure religieuse qui flatte les dirigeants dans leur dictature administrative. La Russie n’a pas été ravie de voir ses Russes représentés comme des alcooliques manipulés par l’orthodoxie, & il faut avouer que ç’aurait pu être mieux fait.
Film sombre mais très réussi. Une famille recomposée vivant dans le grand nord russe doit affronter un élu local dénué de tout scrupule qui veut raser leur maison pour y construire un complexe immobilier. Les interprétations sont excellentes, de même que la mise en scène, très maitrisée. Le réalisateur dénonce à travers ce film les dysfonctionnements de la société russe, à savoir l'hypocrisie de l'église orthodoxe, et bien sûr le népotisme et le clientélisme qui règnent dans ce pays. Car s'il peut nous arriver de pester contre la démocratie et ses imperfections, le réalisateur rappelle la dure réalité d'un régime autoritaire où un chef charismatique s'appuie pour gouverner sur des potentats locaux tout-puissants. L’État, loin d'être au service de la population, dépouille au contraire les gens de leurs biens et de leurs droits, à travers un appareil judiciaire totalement corrompu. Un film poignant.