Suite à un accident mortel de la route provoqué par sa faute, une bande de jeunes décide de garder le secret sur son implication dans cet événement. L'année suivante, lorsque tous se retrouvent après avoir vécu avec le poids de ce traumatisme chacun de son côté, quelqu'un prend un malin plaisir à leur rappeler ce qu'ils ont fait l'été dernier et... bref, vous connaissez la suite.
On avait beau savoir que le projet existait et qu'il allait bel et bien débouler sur grand écran, il est quasiment impossible de ne pas se pincer à l'idée d'entrer en 2025 dans une salle de cinéma où l'on va découvrir un "Souviens-Toi... l'Été Dernier". Certes, on est désormais habitué à ce principe de requel/reboot legacy qui fait paresseusement ressortir les franchises à succès du placard sous forme de suite tardive (afin de générer de nouveaux billets verts faciles sur la renommée de celles-ci), il était même "logique" (hélas pour certains) que les titres les plus célèbres de l'horreur, de "Halloween" à "Scream", passent à la moulinette de ce procédé... mais un "Souviens-toi... l'été dernier" le méritait-il vraiment ?
Premier jalon de la vague des néo-slashers post-Scream avec laquelle beaucoup ont grandi et gardent une infinie sympathie (dont l'auteur de ces lignes), le film de 1997, avec son tueur pêcheur vengeur d'homicide plus ou moins involontaire avait tout du prétexte à nouveau scénarisé par Kevin Williamson et réunissant de jeunes pousses de séries de l'époque pour surfer sur le succès du hit de Wes Craven par le biais d'un slasher amusant grâce à son postulat mais vite anecdotique dans son exécution. Pour preuve, sa suite/plaisir coupable aux Bahamas qui allait atteindre des sommets de n'importe quoi à peine un an plus tard (l'idée de prendre ses spectateurs pour de parfaits idiots avec sa confusion sur la capitale du Brésil, un jeu de mots foireux sur un nom en guise de résolution à un semi-whodunit, Jennifer Love Hewitt résumée à un décolleté sur pattes, sans compter la présence de Brandy ou d'un inexplicable rasta-Jack Black au casting) et une autre DTV sorti de nulle part en 2006 pour plonger la tête première dans le surnaturel faute de savoir quoi raconter (et sur laquelle on sera beaucoup moins loquace tant elle suinte la nullité par tous les pores décomposés de son esprit-pêcheur) ne sont jamais véritablement venues prouver qu'il y avait là la matière à une franchise digne de ce nom et capable de rivaliser avec la grande soeur "Scream" bien plus armée pour survivre durant plusieurs films. Ainsi, hormis une récente série TV sur Amazon Prime Video que pas grand monde n'a osé tenter (déconnectée des films de surcroît), il semblait clair que le public s'était lassé de se souvenir de ces étés meurtriers.
Mais nous voilà pourtant en 2025 en train d'assister à la quasi-même introduction que le premier film, nous conduisant à l'inévitable accident qui va entraîner ses personnages à partager un lourd secret et dont les conséquences vont être particulièrement néfastes vis-à-vis de leurs vies respectives. N'y allons pas par quatre crochets, les premiers instants de ce requel donnent l'impression d'assister à une vraie catastrophe. Ne pouvant offrir d'ouverture meurtrière directe comme beaucoup de ses collègues, "Souviens-Toi... L'Été Dernier" 2025 est obligé de reproduire toute la partition de mise en place de son modèle, jusqu'à décalquer les contours de ses protagonistes sur les nouveaux, pour, au final, n'en être qu'un ersatz contemporain à l'insipidité effarante et au rythme particulièrement calamiteux (quand il y en a un).
Exceptées des phases de meurtres qui ont le mérite de devenir de plus en plus violentes sur la durée et où l'on sent une réelle volonté d'icôniser le tueur (bon, ça reste un type ridicule habillé d'un vieux ciré avec lequel il serait impossible de passer inaperçu, encore plus aujourd'hui), ce sera d'ailleurs une constante du film: dès qu'il en reste à un slasher au premier degré bêtement scolaire pour chercher à faire vivre ses propres héros pris dans la tourmente, il ne sera bon qu'à véhiculer un horrible sentiment de gêne, surtout lors de ses passages se voulant plus intimistes où la bêtise des dialogues et situations/réactions se dispute à celle de la prestation de certains acteurs (on adore Chase Sui Wonders dans la série "The Studio", la voir perdue dans un tel rôle fait mal au coeur... et ce n'est pas la plus mauvaise du lot au demeurant). C'est bien simple, si "Souviens-Toi l'Été Dernier" 2025 s'en était tenu à ce seul registre, cela aurait sans doute donné un des pires requels jamais produits et un sérieux prétendant à la purge de l'année.
Mais, heureusement pour lui, cela ne va représenter qu'un versant de l'entre-deux où le film choisit de se situer...
Car, si "Souviens-Toi... l'Été Dernier" 2025 est débile, il va souvent donner le sentiment d'en avoir conscience et même parfois aller jusqu'à s'interroger sur la pertinence de son existence par la propre bouche de ses personnages !
Forcément, avec un pitch si parfaitement idiot qu'il fait se reproduire au sein de la même petite ville le même schéma d'accident/secret/meurtres du film d'origine, les héros vont étonnamment avoir un ou deux éclairs de lucidité sur le côté grotesque de la situation et nous sortir une réplique hilarante sur le sujet, comme pour mieux nous signaler qu'ils partagent eux-mêmes le désarroi de notre position de spectateur.
Ce sera d'ailleurs d'autant plus vrai avec le retour des anciens, notamment du côté de Julie James/Jennifer Love Hewitt avec un fabuleux "Vous voulez que j'y fasse quoi ?" quand sa jeune version vient la voir pour lui demander de l'aide parce qu'elle vit la même chose (bah oui, que veux-tu qu'elle y fasse, punaise ??) ou encore lorsque certaines ultimes révélations lui font se demander à voix haute quel est l'intérêt de cette nouvelle série de meurtres, sinon la seule question de la nostalgie éhontée. Avec son cadre de ville de pêcheurs devenue un repère bourgeois où le souvenir du "Souviens-toi..." original a été effacé, cette version 2025 s'interroge en effet sur sa raison d'être, choisissant aussi d'elle-même de foncer tête baissée dans la nostalgie la plus lunaire possible (les allusions ridicules sur les noms ou les références au deuxième opus) afin d'en déceler le pourquoi.
Ainsi, si l'on devait ne retenir qu'un moment cristallisant ce grand écart permanent entre le premier degré raté et les questionnements méta qui ne peuvent qu'avoir le passé en réponse, ce serait sans doute au détour d'une séquence onirique partagé entre son traitement ubuesque frôlant le malaise et l'entremêlement de surprise et de plaisir qui s'en dégage malgré tout en guise de ressenti.
Pour conclure, ne sachant pas trop comment gérer ses tiraillements entre ses obligations primaires de slasher en mode copier-coller de ses origines et ses propres doutes existentiels (ainsi que ceux du requel en tant que tel) qu'il prend parfois un malin plaisir à nous exposer avec un humour et une générosité complice, "Souviens-Toi... l'Été Dernier" 2025 fait partie de la rare espèce des "films nuls mais quand même funs", capable de nous faire marrer de son n'importe quoi général qu'il semble lui-même réaliser en cours de route (et qui se traduit même par quelques traits d'audace, celui-ci ose même quelque chose que les "Scream" n'ont jamais fait avec leurs piliers par exemple), même s'il le fait également toujours n'importe comment.
C'est un film bien sûr très difficile à noter vu le constat mais, si on s'en tient au nombre de fois où l'on a ri avec -et non pas contre- lui, il mérite bien la moyenne. On a connu pires vacances d'été.