Robert Eggers revisite Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau, œuvre pourchassée et presque détruite par les flammes purificatrices de la propriété intellectuelle.
Au 19e siècle, la jeune Ellen hutter, est en proie à de terrifiantes expériences nocturnes. Son époux, Thomas, entrevoit une promotion professionnelle s’il réalise la vente d’une bâtisse de Wisborg, proche de la leur. Le Comte Orlok, futur propriétaire, signera l’acte chez lui, loin, dans les Carpates.
Le film original sorti en 1922 adaptait, sans autorisation, le roman Dracula écrit par Bram Stoker dans les années 1890. La forte opposition de la femme de l’auteur poussa Murnau à la créativité, modifiant noms et lieux, ou ajoutant notamment cette sensibilité du vampire à la lumière du soleil. Les ayants-droits s’évertuèrent néanmoins à détruire toutes les copies, qui referont surface des années plus tard et seront peu à peu restaurées.
Stoker s'inspirait de différents modes de spiritualités et d'ésotérisme. Murnau et son producteur, Albin Grau, amateur d’occulte et adepte de l’ordre magique Fraternas Saturni, imaginèrent à leur tour une histoire imprégnée de leurs influences contemporaines.
Après Werner Herzog en 1979, Eggers propose son remake et imprime son style. C’est ici ce qui pèche, selon moi, car en dehors d’un captivant spectacle gothique, les idées restent faiblardes. Sont présents les monstres sous le lit, l’amour éternel, la revanche de l’agressée sexuelle (survolée), cependant exit la désignation de l’ennemi, l’homme le loup pour l’homme, le symbolisme de l’hécatombe de la Première Guerre mondiale.
Je pense que ce Nosferatu aurait pu s’ancrer davantage dans les années 2020, quand les haines s’expriment à nouveau, et que le sang versé des uns vivifie les autres.
Bill Skarsgård (Orlok/Nosferatu) pour moi n’est pas des plus impressionnant, son incarnation n’a pas la puissance de Max Schreck ou l’intensité de Klaus Kinski. Willem Dafoe, qui avait incarné Max Schreck (qui interprète Orlok…) dans L’ombre du Vampire interprète convenablement le professeur Von Franz mais sans plus. Lily-Rose Depp (Ellen Hutter) ne crève pas l’écran.
Les décors pour beaucoup construits « en dur » contribuent à la beauté froide et captivante du long métrage. Les atmosphères gothiques presque monochromes et les contrastes marqués par la neige font écho à Murnau. Cependant, les incisives emblématiques semblent être absentes, comme le redressement iconique de Nosferatu dans son sarcophage.
A défaut d’y trouver une grande originalité, j’aurais aimé quelques références plus claires au Nosferatu fondateur. Il reste toutefois un beau film horrifique "familiale".