Tunnel est la version moins épique et héroïque du Daylight avec Stallone (un pont s'effondre sur le nez d'un automobiliste qui n'a rien demandé, et s'improvise survivant), plus réaliste (quoique...on y reviendra), et surtout plus politique. L'aspect catastrophe du film (très timide, si vous venez pour les scènes impressionnantes, demi-tour droite, direction Daylight) importe moins que le gros coup de gueule de son réalisateur contre le gouvernement coréen qui laisse à l'abandon des infrastructures déjà mal façonnées à l'origine, contre les journalistes véritables fouille-mouises prêts à tout (même à
causer la mort
d'un Homme) pour avoir leur prime-time juteux sur les chaines... Si l'on embarque à fond dans le bolide qui renverse les pourris de ce monde (pas que de Corée, on a les mêmes partout, malheureusement), on tombe en panne sèche quand arrive l'heure de repenser au scénario. Comment ne pas s'apercevoir (en calculant rapidement) que le gars passe
plus de quinze jours en buvant uniquement son urine et en ne mangeant rien (le gâteau à la crème s'est évaporé avec le chien, et il lui reste dix croquettes au fond du paquet de Frolic)
, que l'oxygène est un oubli monstrueux dans les préoccupations du script (il serait mort, tellement mort...), sans parler des besoins nutritifs du chien (un Carlin... pas franchement un chien-loup débrouillard. On parle du chien qui respire comme un tracteur, à l'état normal). Bref, on n'y a jamais cru, pour l'aspect survie. Mais cela n'empêche que l'on rouspète à chaque péripétie (
"Oh les c***, ils ont pas creusé au bon endroit !!!"
), que l'on insulte les journalistes et les membres du gouvernement qui voudraient continuer leur pont annexe (ça rapporte, ça...) plutôt que de sauver un contribuable, et on veut viscéralement que le bonhomme et le chien s'en sortent indemnes. D'ailleurs, on attendait un final plus crédible (
que le chien se faufile, et aboie, comme on nous souligne depuis le début que le héros n'aime pas les chiens, et que le chien avait interdiction d'aboyer,
on a cru à une double-finesse d'écriture), on n'est pas franchement convaincu par celle que propose le film. Il n'en reste pas moins que les effets spéciaux sont très bons, que l'on se prend au jeu rapidement de vouloir la survie du gars, et que l'on transpire pour lui.