Je mets la note de 5 étoiles pour ce film, décrit comme un chef d'oeuvre. J'ai vu Au nom de la terre 4 fois et je pleure toujours autant, si ce n'est pas plus, à chaque fois que je le regarde. Les thèmes sont particulièrement bien abordés tout au long du film et ils sont multiples, en plus d'être un film dramatique il a donc un côté éducateur ; sur la vie des paysans, la santé mentale et la famille, placée au centre du film et si bien représentée.
Je pense que chaque personne peut s'identifier à Pierre et à sa famille, les émotions nous transcendent, grâce à un jeu exceptionnel de Guillaume Canet, Veerle Baetens, Samir Guesmi et Anthony Bajon et Jacques Narcy principalement.
Le réalisateur Édouard Bergeon a su s'ouvrir entièrement au public pour nous raconter avec la plus grande sincérité la véritable histoire de son père, dont le déclin est très touchant et si bien réalisé.
C'est un film très réaliste sur le plan psychologique et il nous fait chavirer entre l'espoir et le désespoir pour finalement tomber avec Pierre à la fin,
fin tragique, la fin de sa souffrance et le symbole de sa descente aux enfers, et le détail déchirant final, la tombe de "Pierre", où l'on voit en réalité le nom de Christian Bergeon, le père du réalisateur.
Tout a été pensé pour que le spectateur voit le film avec un énorme recul sur ses sentiments, qui ne font que les accentuer au final, en sachant que ce film est une histoire vraie, et qu'elle est d'autant plus la réalité de milliers de Français.
La relation entre Pierre et son père, Jacques, est très intéressante sur le plan psychologique, puisque le père de Pierre est en grande partie responsable de la torture mentale que subit son fils, prônant des valeurs de travail et d'acharnement qui n'ont plus de sens et se voient en complet décalage, face à la modernisation et le changement de mentalité entre l'époque du père et du fils. Ce sont de constantes disputes qui éclatent entre les deux et ils n'arrivent pas à trouver un terrain d'entente, puisque l'un ne peut comprendre l'autre et inversement.
Malgré ce personnage, Jacques, que l'on pourrait être amenés à détester, à lui en vouloir, chaque profil est amené de manière objective, et le réalisateur n'a pas cherché à le diaboliser ou à le rendre coupable. Il est, comme les autres personnages chacun à leur manière, attachant, bien que dur, et en décalage avec son fils et son temps.
En parlant d'attachement aux personnages, je ne pourrais pas oublier Thomas, le fils de Pierre joué par Anthony Bajon, qui représente donc directement le réalisateur. Je ne sais pas si pour cela il est un personnage aussi complet bien que secondaire, il porte en lui des valeurs de courage et de volonté, il aime la ferme et il aime le travail de son père. On sent, tout au long du film que c'est un jeune particulièrement gentil et qu'il souffre de voir son père et son exploitation ainsi, au fil des années. Cet acteur a un regard très prenant, et lors des divers moments clefs du film, ses yeux savent incroyablement transmettre les émotions puissantes par lesquelles il passe. Son histoire représente aussi un dilemme, reprendre la ferme et continuer ce rêve, cette ambition familiale (
très intéressant d'ailleurs, quand Jacques dit au début du film : "bon, l'important, c'est que ça reste de la famille", le jeune Thomas a grandi avec des paroles et des principes tels que celui-ci
) ou arrêter le métier de paysan, continuer les études et éviter de risquer sa vie à souffrir comme son père, et de se sauver d'un enfer psychologique latent. (
Dans la partie finale du film, Thomas subit un choc lorsque son père lui explique qu'il ne doit pas reprendre la ferme et se sauver de cet environnement, celui qui a rendu son père malheureux et lui a apporté plus de problèmes que de bonheur et de revenus pour vivre - et qui l'a tué, au final.
)
Peut-être devons-nous voir dans ce film une envie de désacraliser le travail, pas le travail bien fait, mais comme le dit Jacques au milieu du film à son fils, "tu travailles mal". Le travail jusqu'à en tomber malade est destructeur et toxique aussi psychologiquement que physiquement pour qui que ce soit, c'est une sorte d'alerte de la part d'Édouard Bergeon pour reconnaître et réévaluer la charge mentale des agriculteurs qui se tuent à la tâche. Se replacer au centre de ses priorités, ou au moins le repos comme obligation afin de retrouver un équilibre, nécessaire.
Pour finir, je pourrais faire l'analyse de tous les personnages car ils sont tous très intéressants, et je n'ai pas parlé du très beau travail des lumières et de la (dé)saturation des couleurs, ou même l'utilisation des couleurs du ciel comme décor, mais cet avis est déjà très long (!). Ce film est un très bon film et je crois que c'était la première réalisation d'Édouard Bergeon, et bien il mérite les très bonnes critiques qu'on lui attribue et le succès qu'il a eu. Les acteurs forment ensemble un très bon casting, Guillaume Canet est comme toujours incroyable mais n'oublions pas ceux que j'ai déjà cités qui font de ce film une réalisationtrès touchante, très personnelle mais à la volonté didactique universelle à la fois.