"Avec Smashing Machine, Benny Safdie s’aventure en solo pour dresser le portrait de Mark Kerr, lutteur mythique du MMA, incarné ici par un Dwayne Johnson étonnamment contenu. Fidèle à son approche documentaire, le cinéaste capte la brutalité du corps et la pression psychologique du combat avec une intensité certaine. Pourtant, derrière la sueur, les impacts et les silences, le film peine à dégager une véritable charge émotionnelle. Il impressionne, mais ne bouleverse jamais."
"Les frères Safdie ont toujours cultivé un cinéma nerveux, collé aux corps et aux nerfs à vif, tels Scorsese et Friedkin à leur apogée. Good Time et Uncut Gems l’ont prouvé. Leur force réside dans cette manière de faire vibrer le spectateur avec des récits tendus à l’extrême, où chaque seconde peut faire basculer le destin des personnages. Mais au-delà du chaos urbain, leur cinéma est aussi traversé par une fascination pour le langage du corps et les tensions psychologiques qu’il révèle. Le sport devient alors un champ d’étude idéal : une arène où se croisent douleurs enfouies, egos brisés et illusions de contrôle."
"Le film se concentre sur trois années charnières de la carrière de Kerr, à la fin des années 90, quand l’UFC émerge d’un monde quasi clandestin (on pense à Bloodsport) pour devenir un spectacle total d’un bout à l’autre du monde. Mais loin de s’en tenir au parcours classique « ascension/chute/rédemption », Benny Safdie s’intéresse à la fracture intérieure. Mark Kerr n’est pas seulement un bulldozer surentraîné. C’est un homme scindé entre sa brutalité fonctionnelle et sa sensibilité dissimulée, entre la cage et le foyer."
"Smashing Machine n’est pas un film raté, loin de là. Il est même souvent précis dans sa mise en scène, soigné dans sa photographie, respectueux dans son approche. Mais il est aussi un film frileux, qui frôle l’idolâtrie sans oser l’assumer pleinement, et qui s’éloigne de l’âpreté de ses sujets (la dépendance, l’usure, la perte de soi) au moment où il devrait s’y enfoncer. Il montre beaucoup, mais fait peu ressentir. De même, la structure est proche du documentaire de John Hyams, sorti en 2002, The Smashing Machine: The Life and Times of Extreme Fighter Mark Kerr. Ce qui peut expliquer un manque d’emphase avec un sujet ultra-documenté et qui manque d’investir son élan lyrique."
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