Président(s) avance avec la solennité d’une fable politique et l’énergie d’un exercice profondément hésitant. Le film prétend observer le pouvoir, mais se contente surtout d’en contourner les aspérités, sans jamais oser s’y confronter.
Avant d’aborder le film, mieux vaut savoir qu’il repose sur un principe rapidement problématique. Les personnages évoquent très directement d’anciens présidents français, sans jamais assumer ni la caricature franche ni l’imitation crédible. Ce flottement installe un malaise plus qu’une finesse de regard, comme si le film hésitait en permanence entre farce et portrait intimiste. Le jeu stylisé reste au stade du clin d’œil et l’absence de position claire transforme ce qui se veut fable politique en abstraction tiède, où la parole circule beaucoup sans jamais créer de véritable tension.
Le contexte de fabrication éclaire en partie ces limites. La mise en scène minimaliste frôle souvent l’appauvrissement. La lenteur et l’épure semblent moins relever d’un choix fort que d’un retrait poussé à l’excès. Le regard intimiste appliqué à la figure présidentielle ne parvient jamais à lui donner une véritable épaisseur dramatique. L’idée intrigue sur le papier, mais le film paraît trop fragile et trop sage pour exister pleinement à l’écran.
Ce positionnement indécis constitue l’un de ses défauts majeurs. Le film ne tranche jamais entre caricature assumée et portrait crédible, laissant ses personnages dans un entre-deux constamment bancal. Le spectateur ne sait jamais sur quel registre se placer, ce qui empêche toute adhésion réelle. Les figures deviennent reconnaissables mais jamais incarnées, réduites à des silhouettes conceptuelles.
À cela s’ajoute un manque criant de tension dramatique. Le récit repose presque exclusivement sur la parole et le face-à-face, sans progression ni enjeu clairement perceptible. Les dialogues, sages et peu mordants, finissent par tourner en rond. La mise en scène accentue encore cette impression d’immobilité, enfermant le film dans son propre dispositif, jusqu’à donner une sensation persistante d’inabouti.
Personnellement, j’ai trouvé Président(s) pénible à regarder, avant tout parce que je n’ai jamais su comment l’appréhender. Parodie, comédie politique, portrait intimiste ? Le film ne donne aucune clé claire. Je ne savais pas si j’étais censé rire ou réfléchir, mais je n’ai jamais ri. Le rythme m’a paru lent, parfois laborieux, et même le dispositif du duo semble déséquilibré. À cela s’ajoute un malaise plus personnel, lié au regard porté aujourd’hui sur certaines figures auxquelles le film fait clairement référence. Certains partis pris résonnent désormais de façon étrange, voire gênante, tant le réel a depuis contredit cette posture, donnant au film un coup de vieux et une naïveté rétrospective difficile à ignorer.
Sur le plan thématique, le film aborde pourtant des sujets intéressants : solitude du pouvoir, après-mandat, vide laissé par la perte d’influence, enfermement de la parole politique dans l’entre-soi. Mais ces pistes restent à l’état d’intentions, jamais réellement incarnées ni mises en tension.
Président(s) laisse ainsi l’impression d’un film trop prudent pour déranger et trop abstrait pour captiver. Une œuvre qui regarde le pouvoir sans jamais oser l’affronter et qui, à force d’hésiter, finit par s’annuler elle-même.