‘Mufasa’, c’est typiquement le genre de projet qui me met de très mauvais poil.. Quel besoin, autre qu’économique, y aurait-il de “révéler” l’histoire d’un personnage secondaire d’une production animée plutôt que de laisser le public se l’imaginer ? A ce compte là, pourquoi pas la jeunesse de Monsieur Mouche, les premiers pas de Stromboli dans le monde du cirque (ou dans celui de la torture de marionnettes) ou la dispute fondatrice de Shere Kahn et Tigrou (ils sont bien frères, non ?) ? Ce serait toutefois dommage d’en rester à cette posture rigide car dans l’océan de ratages et de demi-réussites que constitue l’univers élargi des productions Disney actuellement, ‘Mufasa’ ferait presque figure d’éléphant - ou plutôt de lion - blanc (tout clin d’oeil sarcastique à un présumé plagiat etc etc…). Tout d’abord, c’est du numérique mais c’est du beau numérique, du très beau numérique même, quand bien même les animaux qui chantent sont toujours un peu perturbants. Il n’a après tout jamais été question de viser le photoréalisme total : Simba, Pumbaa, Rafiki et les autres restent avant tout des êtres de fiction (en tout cas, c’est comme ça que j’ai décidé de le prendre). L’histoire de Mufasa est donc racontée a posteriori à ses petits-enfants : scénaristiquement, elle diffère légèrement puisque plus encore que son rejeton, Mufasa est un genre de self-made lion, qui assure la prééminence de la méritocratie au sein d’une société d’héritiers (bref, une métaphore affutée du monde actu…mais qu’est ce que je raconte, moi ?). Il existe donc un certain intérêt à suivre son parcours et à rencontrer les versions juvéniles d’autres personnages bien connus même si ‘Mufasa’, pas plus qu’un autre, n’échappe à l’obsession d’adresser des clins d’oeil, que ce soit au détour d’une scène ou d’un dialogue, aux désormais parents qui ont grandi avec le dessin-animé d’origine, quitte à parfois donner l’impression de rejouer la même partition dans le désordre. La conséquence de cette sale manie est assez prévisible, tout comme les apparitions furtives de Timon et Pumbaa en empêcheurs de raconter l’histoire en rond : il y avait une véritable dimension tragique potentielle dans l’histoire de ‘Mufasa’ (qui est finalement moins l’histoire de Mufasa que celle d’un autre personnage, on devine très vite lequel) : étant donné qu’on connaît le destin final de la plupart des protagonistes du film, on sent clairement que réalisateurs et scénaristes en étaient conscients mais qu’ils ont de toute évidence eu peur d’aller jusque là. D’où cette autre sale manie de désamorcer la gravité, à chaque fois que le film semble prêt d’approcher d’un début de grandeur, au moyen d’une blague ou d’une chanson (vraiment pas mémorables d’ailleurs, les chansons : n’est pas Elton John qui veut). ‘Mufasa’ reste donc, volontairement, cantonné à un statut de (chouette) production pour enfants.