Pour son premier long-métrage, Enya Baroux choisit la route comme espace de collision et de vérité. On ira met en scène un road trip où l’humour et la gravité s’entrelacent sans jamais totalement s’affronter, préférant contourner les aspérités plutôt que les embrasser. Une belle comédie douce-amère, entre un drame intime et une comédie tendre.
À travers une galerie de personnages cabossés, le film esquisse, en toile de fond, une réflexion sur la liberté de choisir sa fin. Au-delà de cela, "On ira" décide de s’attarder davantage sur la recomposition des liens familiaux que sur l’irrévocabilité du geste.
Au centre du récit, Baroux dessine ces personnages avec des traits parfois appuyés. Marie (Hélène Vincent) impose sa présence douce, maladroite et déterminée, refusant que sa vieillesse se résume à l’attente d’une fin subie. Son fils Bruno (David Ayala), en père absent et adulte à la dérive, lui oppose un chaos intérieur qu’il maquille sous des postures d’infantilisme et d’irresponsabilité. Rudy (Pierre Lottin), auxiliaire de vie lunaire et fuyant, s’invite comme un électron libre dont l’ironie masque un désenchantement profond. Sans oublier, Juliette Gasquet qui vit à cœur ouvert, mon véritable coup de cœur du récit.
Le road movie est ici une fuite en avant plus qu’une quête. La mise en scène épouse cette errance, exploitant les espaces confinés du camping-car et les grands espaces qui entourent ce huis clos. Mais si le voyage structure le récit, il n’en devient jamais véritablement le moteur. Loin de la transformation attendue, les personnages évoluent par à-coups, au gré des péripéties et des quiproquos. Cependant, à force de s’accumuler, certains finissent par fragiliser la progression dramatique.
Le film se tient à la lisière du vertige. La question du suicide assisté demeure un arrière-plan. On ira préfère s’attarder sur la mécanique des liens familiaux que sur la radicalité du choix de Marie. Ce refus du pathos, louable en soi, laisse pourtant une impression d’inabouti : le film évite les dilemmes moraux, contourne les tensions, et laisse une de ses thématiques en suspens.
Soutenu par une écriture efficace et des comédiens justes, On ira séduit par énormément d'instants de justesse : tout ceux où l’humour ne désamorce pas la tristesse, mais l’accompagne.