Un été en apparence ordinaire, traversé par des gestes qui déplacent lentement les lignes. L’Été dernier installe un malaise continu, autant par ce qu’il montre que par ce qu’il laisse s’installer.
Ce choix radical s’inscrit dans une démarche cohérente. Avec L’Été dernier, Catherine Breillat poursuit un cinéma de l’observation et du dérangement, qui refuse les cadres moraux explicites et les positions rassurantes. Le film ne fonctionne ni comme un drame à thèse ni comme un récit à suspense, mais comme une étude de situation. Le malaise naît des gestes, des silences et des regards, sans jamais être commenté ni expliqué. Le spectateur est laissé seul face à ce qu’il voit, sans mode d’emploi.
La mise en scène adopte une sobriété presque clinique. Les décors lumineux et ordinaires contrastent avec la gravité de ce qui s’y joue. La caméra reste discrète, la musique rare, et les acteurs évoluent dans une retenue constante. Ce dépouillement renforce la sensation de malaise tout en empêchant toute lecture simpliste ou spectaculaire.
Le premier problème du film tient précisément à ce qu’il cherche à produire. Le malaise est constant, pesant, et ne laisse quasiment aucun espace de respiration. La mise en scène froide et distante maintient le spectateur dans une position d’observateur contraint, sans offrir de recul ni de variation de ton. Cette retenue extrême, assumée jusqu’au bout, empêche toute implication émotionnelle autre que le rejet ou l’inconfort. Le film observe, mais ne permet jamais un véritable déplacement du regard. Le rythme très lent accentue encore cette sensation d’immobilisme.
La distance est renforcée par le cadre social choisi. Le milieu bourgeois, avec en toile de fond un rapport troublé à l’alcool, est filmé sans nuance apparente et provoque un rejet immédiat. Les personnages apparaissent difficiles à aimer, souvent antipathiques, ce qui limite toute forme d’identification ou même de curiosité. Certains comportements volontairement provocants, notamment ceux du beau-fils, restent opaques et crispants, sans toujours trouver de justification dramaturgique, donnant parfois l’impression d’un trouble posé comme une fin en soi.
J’ai personnellement détesté l’expérience. Le film m’a mis profondément mal à l’aise du début à la fin, au point d’attendre qu’il se termine, malgré ma franche ouverture d’esprit. Pourtant, c’est précisément cette efficacité qui justifie la note. Si l’objectif était de créer un malaise durable, presque insupportable, alors le film est redoutablement fort. Mention particulière à Léa Drucker, impeccable dans son rôle de bourgeoise coincée et naïvement complaisante, qu’elle incarne avec une maîtrise glaciale.
En filigrane, le film interroge le désir, le pouvoir et la responsabilité sans jamais les nommer frontalement. Il montre comment certaines situations peuvent se déployer dans des cadres sociaux protégés, sous couvert de normalité, et comment le refus de nommer ou de juger participe à leur persistance.
L’Été dernier est ainsi une œuvre radicale, volontairement inconfortable, qui réussit trop bien ce qu’elle entreprend. Un film éprouvant et cohérent dans son intention, mais que je ne peux apprécier qu’à distance.