Le projet n'était pas évident : adapter le récit de Sylvain Tesson, mêlant introspection, nature et reconstruction personnelle, avec un acteur populaire comme Jean Dujardin dans un rôle à contre-emploi. Le résultat est contrasté.
Le film repose presque entièrement sur son personnage principal, et sur ce point, Jean Dujardin tient plutôt bien la baraque. Il parvient à s’éloigner de ses rôles habituels pour proposer quelque chose de plus intériorisé, plus fragile. Il y a chez lui une forme de retenue bienvenue, notamment dans les scènes où le corps parle davantage que les mots. On croit à cet homme cabossé, en reconstruction, même si l’écriture ne lui laisse pas toujours l’espace nécessaire pour exister pleinement.
Car c’est sans doute là que le film montre ses limites : dans son écriture. Le récit adopte une structure très fragmentée, fidèle au livre. On enchaîne les étapes, les rencontres, les souvenirs, sans véritable progression dramatique. Il manque un fil conducteur solide, une montée en puissance qui donnerait au voyage une véritable dimension narrative. Résultat : on suit le parcours plus qu’on ne le vit.
La voix off cristallise assez bien ce problème. Elle cherche clairement à restituer la richesse du texte de Tesson, mais elle est souvent trop présente, trop écrite. Certaines phrases sonnent justes, mais d’autres donnent une impression de surlignage permanent. Là où le silence aurait pu créer de l’émotion, le commentaire vient parfois alourdir l’ensemble. Et puis, le style rédactionnel de Tesson est trop "pompeux" à mon goût, notamment quand il s'agit d'évoquer un mode de vie simple, dépouillé de tout confort, en pleine nature.
Pour autant, tout n’est pas à jeter. Il y a des moments de grâce, des instants suspendus où le film touche juste, notamment quand la voix off se fait plus discrète. Certaines rencontres fonctionnent bien. De plus, l’idée de cette reconstruction lente, presque obstinée, reste forte. Mais ces moments sont trop intermittents pour emporter totalement l’adhésion.
Au final, Sur les chemins noirs est un film sincère, avec de vraies intentions et un acteur impliqué, mais qui peine à trouver la bonne formule cinématographique. Il donne souvent le sentiment de rester coincé entre adaptation littéraire et expérience de cinéma, sans totalement réussir à être l’un ou l’autre.