L’Empire propose une rencontre improbable entre science-fiction et burlesque trivial, sans jamais chercher l’immersion. Un film volontairement étrange et clivant, dont l’intention est claire, mais dont l’exécution m’a largement tenu à distance.
Bruno Dumont poursuit ici son virage burlesque en détournant les codes du récit épique et de la science-fiction sans jamais les investir frontalement. Tourné dans des paysages ordinaires du nord de la France, filmés avec une neutralité presque provocatrice, L’Empire fonctionne par collisions de registres. Plus qu’un récit, le film ressemble à un dispositif conceptuel étiré, où l’absurde prend le pas sur toute progression dramatique.
Sur le fond, le film semble vouloir désacraliser les grands récits, qu’ils soient mythologiques, idéologiques ou cinématographiques. En ramenant un affrontement cosmique à des corps banals et à des décors volontairement triviaux, Dumont vide le Bien et le Mal de toute grandeur. La science-fiction devient un outil de déflation, réduite à un jeu de postures sans véritable portée.
Le film interroge également le cinéma de genre et ses promesses de spectacle. En sabotant toute illusion et en rendant visibles les artifices, L’Empire cherche à maintenir le spectateur à distance. Mais ce geste, très démonstratif, finit par se répéter. Les idées sont exposées plus qu’explorées, et tournent progressivement à vide.
De mon côté, le film m’a surtout laissé une impression de grand délire abstrait, sans réel impact. J’en comprends le caractère clivant et j’en perçois les intentions, mais je suis resté extérieur à ce qui se joue à l’écran. L’objet est bizarre, parfois intrigant sur le papier, mais il ne suscite ni émotion ni véritable plaisir. Le burlesque, pourtant central, ne m’a presque jamais fait rire.
C’est là que résident, pour moi, les principales limites du film. À force de radicalité et d’artifice, L’Empire sacrifie l’engagement au profit du concept. L’humour est très clivant, la distance émotionnelle constante, et le film laisse davantage une impression de vacuité que de trouble ou de jubilation.
À force d’obstination, L’Empire donne finalement le sentiment de se regarder fonctionner. Un objet singulier mais aride, plus théorique qu’habité, qui assume son refus des codes au risque de laisser le spectateur sur le bord du chemin.