Fable cruelle
Depuis 1985 et Subway, il en a fait du chemin et des films Luc Besson en déclenchant, sinon la polémique, en tout cas, presque toujours, un hiatus entre la critique et le grand public. Ces 114 minutes n’échappent à la règle. Personnellement, je n’ai jamais été un grand fan de ce cinéaste, dont je reconnais par ailleurs un vrai savoir-faire. Ici, il nous raconte par le menu l’incroyable histoire d’un enfant, meurtri par la vie, qui trouvera son salut grâce à l’amour que lui portent ses chiens. Le talent de Besson pour mettre en images l’outrance et la démesure n’est plus à mettre en doute. Mais, hélas, son goût pour les dialogues lourdingues, balisés de sentences pseudo philosophiques – et ici de citations de Shakespeare -, rend l’ensemble un tantinet difficile à digérer. Cela dit, le 7ème Art est respecté, mais par un cinéaste qui ne sait pas faire table rase de ses tics et de ses obsessions.
C’est en lisant un article sur une famille qui avait jeté son enfant de 5 ans dans une cage que Luc Besson a eu l'idée de DogMan. L’histoire nous explique comment un être humain peut traverser une telle épreuve, surmonter ce traumatisme psychologique et émotionnel. Le scénario réussit ce tour de force de nous rendre sympathique un personnage qui est loin de l’être de de nous faire partager sa douleur qu’il surmonte tout en gardant intacte sa dignité. La réalisation est virtuose et la musique d’Eric Serra – un vieux compagnon de route de Besson -, qui, de toute évidence, utilise des cris de chiens est fort belle et participe souvent avec bonheur à l’émotion dégagée par cette histoire. Donc, pour se résumer, Besson est un formidable cinéaste auquel on peut reprocher non seulement de ne pas faire dans la nuance, mais, souvent de trop charger la barque. Pour une fois ici, il a su mesure garder et éviter le naufrage de son embarcation, grâce essentiellement au talent inouï de son interprète principal.
On avait découvert l’acteur américain, Caleb Landry Jones, dans un petit rôle chez Jim Jarmush avant que son immense talent d’explose dans Nitram en 2021, pour lequel il reçoit le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes. Il porte évidemment le film de Besson avec une force et une conviction étourdissantes. Il est la vraie raison de voir ce drame. Jojo T. Gibbs lui apporte une réplique tout en nuances. Ajoutons les noms de Christopher Denham et Grace Palma, qui s’en sortent avec les honneurs parmi une distribution où les acteurs et actrices campent des personnages tellement caricaturaux que ça finit par retirer de la force au récit principal. Toujours ces outrances, dont je parlais plus haut. Dommage !