Casa Nostra : femme, journaliste à « Plein la Gueule » redouté pour ses baffes cinéphiles et ses métaphores… explosives. Les polars bien sûr, mais aussi l'Amérique, les super-héros, les années 80.
« Ce qui me fascine avec Running Man, ce n'est pas Schwarzenegger qui distribue les uppercuts ni les costumes improbables des chasseurs. C'est la vision du futur qu'avaient les années 80.
Franchement... quel coup de cafard !
On parle pourtant de la décennie du disco qui finit sa course, des néons, des clips de MTV, des synthétiseurs, des vestes fluo, des coiffures impossibles et d'une créativité artistique qui partait dans tous les sens. Une époque qui débordait de couleurs et d'exubérance... mais qui imaginait notre avenir comme une immense prison à ciel ouvert.
Dans Running Man, pour sortir la nuit, il faut des laisser-passer. La télévision transforme les condamnés en gladiateurs. Le pouvoir manipule l'information avec un cynisme absolu. Et le régime récompense même les enfants qui dénoncent leurs propres proches avec des cadeaux de Noël. On est à mi-chemin entre le jeu télévisé géant et la dictature bureaucratique.
Les scénaristes des années 80 semblaient persuadés que, derrière les paillettes et les tubes de l'époque, notre futur cacherait forcément des caméras partout, une société de surveillance et un pouvoir prêt à transformer les citoyens en spectacle permanent.
Heureusement, nous n'en sommes pas là.
C'est d'ailleurs ce qui rend Running Man si intéressant aujourd'hui. Derrière ses répliques musclées, son humour noir et son action survitaminée, il nous rappelle à quel point les peurs d'une époque façonnent sa science-fiction. Les années 80 avaient peur des médias tout-puissants, de l'autoritarisme et de la perte des libertés individuelles.
Et finalement, ce qui paraît le plus daté dans le film, ce ne sont ni les coiffures ni les combinaisons en lycra... c'est cette certitude que le futur ne pouvait être qu'un cauchemar.
Même si, je l'avoue, certaines de leurs inquiétudes résonnent encore aujourd'hui d'une façon parfois troublante. »
Bulle de savon, femme critique pour « Les Colonnes Cinéphiles » qui a un faible pour les jolis acteurs et les belles actrices. Ce qui détermine ses choix cinématographiques : le casting avant tout.
« Casa, tu t'intéresses à la politique, à la société, aux dérives médiatiques... Moi, je vais être beaucoup plus terre à terre.
Ce qui me fait revenir devant Running Man, c'est d'abord son casting.
Arnold Schwarzenegger est au sommet de son charisme. Il occupe l'écran comme peu d'acteurs savaient le faire dans les années 80. Il suffit qu'il entre dans le cadre pour que tout le monde s'écarte. Il dégage une présence physique incroyable, mais aussi un second degré qui rend ses répliques délicieusement jubilatoires. À ses côtés, Maria Conchita Alonso dans sa moulante combinaison apporte une vraie énergie et une personnalité qui évitent au personnage féminin d'être réduit au simple rôle de faire-valoir. Quant à Richard Dawson, il est absolument fascinant dans la peau de Damon Killian. Son sourire permanent est plus inquiétant que n'importe quelle arme : il incarne à merveille un présentateur télé aussi charmeur que manipulateur.
Et puis il y a tous ces "stalkers", extravagants, théâtraux, presque sortis d'une bande dessinée. Ils sont excessifs, parfois kitsch,
Fire Ball, Dynamo le guignol impuissant qui a deux piles à la place des couilles,
ridicules, mais ils donnent au film une identité visuelle immédiatement reconnaissable.
Je l'avoue sans détour : le casting compte énormément dans mon plaisir de spectatrice. Un bon scénario est essentiel, mais lorsqu'il est porté par des acteurs et des actrices qui possèdent une véritable présence à l'écran, le film prend une tout autre dimension.
Running Man n'est peut-être pas le film le plus subtil des années 80, mais il réunit des interprètes qui marquent durablement les mémoires. Et rien que pour cela, il mérite qu'on le revoie avec plaisir.
Maggy la Courtoise : qui est tout sauf courtoise, elle aime la comédie, les enquêtes spéciales avec beaucoup de suspense, et les films qui font peur.
« Vous allez encore me dire que je casse l'ambiance... Tant mieux, c'est un peu ma spécialité.
J'aime bien Running Man. C'est rythmé, c'est drôle malgré lui, Schwarzenegger distribue les répliques comme les coups de poing et on ne s'ennuie jamais. Mais, franchement, je le trouve bien léger dès qu'il prétend dénoncer la société du spectacle.
Si je veux voir un film qui traite vraiment de la télévision transformée en machine à broyer les êtres humains, je préfère de très loin Le Prix du danger d'Yves Boisset. Là, le sujet est traité avec beaucoup plus de mordant. La critique des médias, de l'audience à tout prix et du voyeurisme y est plus frontale, plus dérangeante et, à mes yeux, plus convaincante.
Et puisqu'on parle des années 80, il faut aussi regarder ce que le film raconte malgré lui.
Les femmes y sont rarement autre chose que des personnages secondaires : secrétaire, assistante, danseuse, présentatrice ou simple faire-valoir du héros. Elles gravitent autour des hommes sans véritablement faire avancer l'histoire par elles-mêmes.
Ce n'est pas un reproche adressé uniquement à Running Man ; c'était un travers de nombreux films d'action de cette époque. Mais ici, cela saute particulièrement aux yeux. La caméra s'attarde souvent davantage sur leur apparence que sur leur rôle dans le récit.
Aujourd'hui, ces scènes donnent un petit coup de vieux au film. Elles rappellent une époque où les héroïnes avaient souvent bien moins de place que les héros.
Alors oui, Running Man reste un divertissement efficace, plein d'énergie et de punchlines. Mais si l'on cherche une réflexion plus percutante sur les dérives de la télévision et de la médiatisation, ou des personnages féminins davantage développés, je trouve que Le Prix du danger va beaucoup plus quoi, parfois, les Français ont dégainé avant Hollywood... et avec une précision redoutable. »
Bulle de Savon admet que oui les tenues et danses sexy sont abusives. Et avec de telles images on comprend pourquoi les mœurs ont tant de mal a changer.
« Là, Maggy, je te rejoins. Je suis la première à défendre le charme des acteurs, des actrices et des beaux costumes. Mais il y a une différence entre mettre en valeur un personnage et réduire un personnage à sa seule apparence.
En revoyant Running Man, certaines tenues et plusieurs chorégraphies très sexualisées paraissent franchement excessives. Elles étaient peut-être dans l'air du temps, mais elles illustrent aussi une manière de représenter les femmes qui a heureusement beaucoup évolué depuis. Le plus gênant, ce n'est pas qu'il y ait des personnages séduisants. C'est que les femmes sont souvent filmées comme un élément du décor, là où les hommes sont présentés comme ceux qui agissent, décident et font avancer l'histoire. Quand ce type d'images se répète pendant des années dans les films, les séries, les clips ou les publicités, il finit forcément par influencer les représentations que l'on se fait des rôles de chacun. Le cinéma ne crée pas à lui seul les mentalités, mais il y participe.
Et c'est précisément pour cela qu'il est intéressant de revoir ces classiques avec un regard d'aujourd'hui : non pas pour les condamner ou les effacer, mais pour comprendre ce qu'ils racontaient de leur époque... et mesurer le chemin parcouru, comme celui qu'il reste encore à faire. »
Nos chroniqueurs ont donné une note de 2,8 à ce Running Man datant déjà de 1988. Plus de 35 ans après, il paraît qu'ils vont en faire le remake.