L’amitié ne choisit pas son décor ni ses origines, c’est une graine sauvage qui pousse là où elle tombe, grandit en s’adaptant au terrain mais sans contrôler toujours l’ordre et la logique de ses rameaux.
Pour approfondir cette thématique avec la sensibilité qu’on lui connait, Hubert Charuel, épaulé par sa comparse scénariste Claude Le Pape, a délaissé la verdure rurale de Petit Paysan (2017) pour la grisaille humide d’une ville moyenne de la Haute Marne où il a grandi. Dans une atmosphère où ne fleurissent plus que les poubelles nucléaires, il nous conte l’histoire d’une amitié profonde entre trois jeunes hommes, un ballet qui fait sac et ressac sur la plage d’un quotidien sans perspective. Pour Dan et Mika, la diagonale du vide est l’ivresse des rêves sous perfusion alcoolisée, les petits larcins, la navigation à vue.
Tony, lui, a choisi de s’ancrer dans le solide (le béton !) et veut à tout prix aider ses amis sous menace judiciaire en les embauchant, persuadé comme Mika que l’amitié « peut sauver l’autre ». Mais l’autre, le volcanique et immature Dan, s’enfonce peu à peu dans sa dépendance comme les déchets dans la terre, en se cachant… jusqu’à peut-être se sauver lui-même.
Avec une empathie naturelle pour ses personnages (même pour les rôles secondaires), Hubert Charuel détricote une histoire universelle en filmant la vie telle qu’elle est, pétrie de bonheur et de tristesse, de doute et d’espoir, de fragilité et de droiture. Les acteurs, aussi sincères que généreux, portent haut toute la force fragile d’une amitié que rien ne vient entamer, dégageant une grande humanité qui nous réchauffe.
Comme dans Petit Paysan, Hubert Charuel continue de décrypter des chemins de solitude sans les enfermer dans la dramaturgie, en y greffant des lueurs positives, en faisant juste vivre ceux dont on ne parle pas. Et Météors, comme les étoiles filantes, laisse derrière lui une traînée de lumière.