Il y a des films qui flirtent avec l’absurde, d’autres qui l’embrassent avec tendresse, et Starsky & Hutch qui le tapote amicalement sur l’épaule avant de retourner siroter une margarita tiède en pleine course-poursuite. Ce remake-préquelle-parodie de la série culte des années 70 se veut hommage et pastiche tout à la fois, mais finit par être un croisement curieux entre un sketch Saturday Night Live allongé et une publicité trop longue pour Ford.
Todd Phillips, qui n’en était qu’aux prémices de sa croisade contre la subtilité, orchestre un film où l’énergie débordante de ses stars ne parvient jamais vraiment à combler la vacuité narrative. Ben Stiller, dans le rôle du flic psychorigide à l’adrénaline capillaire, oppose une rigueur quasi maniaque à la coolitude exténuante d’Owen Wilson. Leur duo fonctionne… par intermittence. L’alchimie est là, mais diluée, comme la cocaïne indétectable au cœur de l’intrigue : on sait qu’elle est censée faire effet, mais on reste à peu près sobre.
Le film se veut un portrait satirique des années 70, mais ses gags oscillent entre le charmant clin d'œil et la blague de mauvais goût recyclée. L’humour, souvent basé sur la juxtaposition de sérieux extrême et d’absurdité pure (une scène de karaoke improbable, un poney sacrifié sur l’autel de la maladresse), frôle parfois le génie, mais retombe aussitôt dans une routine attendue. Le segment dans la prison, avec Will Ferrell en caméo de Big Earl, est révélateur : provocateur, burlesque, presque grotesque, mais incapable d’échapper à la mécanique du gag convenu.
La mise en scène est compétente mais impersonnelle. Les poursuites sont filmées avec une rigueur fonctionnelle, la photographie est propre mais fade, et la bande-son fait le service minimum nostalgique. C’est du cinéma comme on conditionne un produit dérivé : calibré, référencé, mais rarement exaltant. Le scénario, lui, coche toutes les cases du buddy cop movie sans jamais avoir l’élan pour s’en moquer intelligemment ni l’élégance pour le réinventer.
Il y a pourtant des éclats, de vrais moments de grâce : la performance de Snoop Dogg, à contre-emploi soyeux dans le rôle de Huggy Bear, apporte une saveur presque nouvelle au film, comme une herbe rare dans un plat trop gras. La scène où Starsky se croit invincible après avoir ingéré la fameuse « poudre » est à la fois hilarante et inconfortable, révélant, fugacement, ce que le film aurait pu être s’il avait davantage osé.
Mais ces pics sont entourés de vallées mornes : une structure dramatique molle, des personnages secondaires réduits à des fonctions décoratives (malgré un casting pourtant flamboyant sur le papier), et un sentiment diffus que tout cela aurait pu être un court-métrage brillant plutôt qu’un long-métrage étiré.
En fin de compte, Starsky & Hutch est un film schizophrène, coincé entre hommage affectueux et satire paresseuse, entre potentiel comique et exécution tiède. Il amuse, parfois beaucoup, mais rarement longtemps. Il est comme une Gran Torino rutilante qui, passée l’excitation de la carrosserie, s’essouffle dès la première côte. On aurait aimé adorer. On se contente de sourire. Puis d’oublier.