Jarhead - la fin de l'innocence
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Cadreum
Cadreum

60 abonnés 778 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 4 novembre 2025
Qui est le film ?
Après la banlieue américaine et la mafia des années trente, Mendes plonge dans la guerre du Golfe pour ausculter un autre territoire du désenchantement : celui du soldat sans bataille, du combattant frustré par l’absence de combat. Adapté du livre autobiographique d’Anthony Swofford, Jarhead ne raconte pas la guerre comme un spectacle d’héroïsme, mais comme une expérience de l’attente, de la désillusion et de la dépossession.

Que cherche-t-il à dire ?
Jarhead est un film de guerre mais c’est surtout un film sur l’attente, sur l’ennui, et sur la manière dont la guerre moderne se présente moins comme une succession de combats héroïques que comme une économie de spectacle, d’ennui et de désir frustré. Ce que Mendes cherche à montrer, ce n’est pas le conflit en acte, mais son contrecoup. Il interroge la masculinité militaire, non dans son triomphe, mais dans son vacillement : que reste-t-il d’un homme quand il n’a pas eu l’occasion de tuer ? Jarhead ne veut pas dénoncer la guerre par le choc des images, il veut en montrer le néant où le désir d’action devient pathologie.

Par quels moyens ?
L’ennui est moteur dramatique. Mendes et son scénariste investissent l’intervalle (les heures de chaleur, les siestes sur blindés, les veillées à attendre un ordre) et le rendent signifiant. Mendes construit son film sur la répétition et le vide. Il filme les soldats dans des espaces clos, sans horizon ou à l'inverse des horizons qui ouvrent sur rien. Chaque plan s’attarde sur des gestes mécaniques, des conversations sans enjeu, des fêtes absurdes. L’impossibilité d’agir révèle la fragilité d’une identité bâtie sur la promesse de l’action. Le film fait ressentir cette inertie pour comprendre ce que la guerre moderne fait à ceux qui l’attendent.

La guerre n’est plus vécue, elle est vue. Les soldats regardent Apocalypse Now, écoutent CNN, fantasment des images de feu qu’ils ne verront jamais. Mendes montre cette boucle : la télévision annonce l’événement que les militaires attendent et rend la réalité potentielle infidèle à l’attente fabriquée. La grande ironie du film est que, quand l’occasion d’agir arrive, elle est souvent décevante, anticlimatique. La guerre promise par les médias est une promesse non tenue. La caméra s’aligne parfois sur les écrans, comme si elle devenait elle-même instrument de contamination : le spectateur regarde des soldats qui regardent des images de guerre, et comprend que le spectacle a remplacé l’expérience.

Jarhead observe la construction masculine comme performance. Les entraînements, le jargon, les gestes de camaraderie, la compétition pour la virilité, tout tient lieu de rite. Mais Mendes trouble ces rituels : ils apparaissent souvent vides, pastiches de virilité qui masquent des peurs et des vulnérabilités. Le film montre que la masculinité militaire est une mise en scène fragile, entretenue par la répétition d’épreuves qui, une fois accomplies en dehors du feu, perdent leur raison d’être. Le corps militaire n’est plus un corps fort, mais un corps épuisé par le rôle qu’il doit jouer.

La voix d’Anthony Swofford, portée par Jake Gyllenhaal, est le contrechamp du spectacle. Elle ne décrit pas, elle interprète. Elle est à la fois lucide et perdue, ironique et blessée. Cette voix crée un espace intérieur où la pensée tente de donner forme à l’absurde. Elle fait du film un récit mental, non une fresque militaire. Cette voix permet au film d’alterner distance critique et immersion sensorielle : on entend la pensée qui tente de nommer l’ennui, la frustration et la honte.

La photographie inscrit le film dans une esthétique sèche, dépouillée et hyper-lumineuse. Le désert est camp de probatoire. Les cadres de Roger Deakins (ou la direction photographique proche de son goût pour l’épure) exploitent la lumière crue, les aplats de sable et les horizons plats pour figurer à la fois l’évidence et la vacuité. Le vaste paysage rend petits les corps et met en évidence leur inutilité dans l’immense panorama géopolitique. Cette distance visuelle renforce la thèse du film : la guerre contemporaine produit un sentiment d’insignifiance. La bande-son joue de contrastes. Les musiques soulignent souvent l’ironie : thèmes nostalgiques ou mélancoliques qui tranchent avec la platitude des scènes. Le travail sur le son rend sensible la chaleur, la mécanique des véhicules, les conversations à mi-voix. Mendes recherche la consistance texturelle.

Chez Mendes, le désir de guerre et le désir sexuel se répondent. Les soldats fantasment leurs petites amies, les soupçonnent d’infidélité, se vantent de virilité comme on exhiberait une arme. Le film joue sur cette métaphore : tirer ou jouir, même tension, même attente, même frustration. Quand le tir n’a pas lieu, la virilité se défait, l’identité chancelle.

Les camaraderies, les jeux verbaux, les petites cruautés fraternelles donnent au film une chaleur humaine irrégulière. Mendes rend sensibles les micro-relations : le mentor, le copain, le sergent. Ces figures compensent l’absurdité institutionnelle et montrent que, malgré l’aliénation, l’humanité persiste, parfois par l’humour, parfois par la solidarité silencieuse.

Où me situer ?
Je regarde Jarhead comme un film paradoxalement vibrant dans son apathie. Ce que j’admire, c’est la radicalité de son geste : filmer la guerre sans guerre, raconter le désordre par le silence. Mendes parvient à transformer le vide en expérience sensorielle, sans jamais trahir ses personnages. Mais ce qui me trouble, c’est que cette froideur formelle finit parfois par ressembler à celle du système qu’il critique. Le film contemple les soldats comme des insectes pris dans une mécanique plus vaste, ce qui en fait la force, mais aussi la limite. Mendes ne cherche pas à sauver ses hommes, il les observe se dissoudre.

Quelle lecture en tirer ?
Jarhead est un film sur la désillusion du corps et la faillite du mythe. La guerre du Golfe y devient le miroir d’une époque où la réalité a été absorbée par sa propre représentation. Le soldat n’est plus héros ni victime, il est spectateur. Mendes signe une œuvre politique sans slogans, une tragédie de l’inaction où la guerre se confond avec l’attente de la guerre. De cette immobilité naît une émotion singulière, faite de honte et de mélancolie. Le film nous laisse avec cette idée : il existe une souffrance qui ne laisse pas de cicatrice visible : celle d’avoir voulu agir dans un monde où tout se joue déjà sur un écran.
Kouto
Kouto

29 abonnés 4 749 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 26 juillet 2025
Dans ce long-métrage le réalisateur Sam Mendès évoque la première guerre de Golfe par le prisme d’un jeune engagé dont les illusions volent rapidement en éclats face à une guerre qui n’en est pas une pour ces soldats prisonniers de l’ennui du désert du Golfe. Percutant dans sa mise en scène à la photographie sublime et ciselé dans son écriture des personnages « Jarhead – La fin de l’innocence » brosse le portrait désabusé d’un groupe hétéroclite de marines. Porté par une solide distribution avec en tête d’affiche l’excellent Jake Gyllenhaal.
Totoloinloin
Totoloinloin

13 abonnés 469 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 10 mars 2025
Long et ennuyeux, voilà le ressenti à chaque visionnage de ce film. Pourtant tout est prometteur mais non, la mayo ne prends pas pour moi.
Fabien Sorrant
Fabien Sorrant

82 abonnés 2 041 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 9 mars 2025
Un très bon film sur la guerre du Golfe réalisé par Sam Mendes avec Jake Gyllenhaal et Jamie Foxx.
Titanneeb
Titanneeb

18 abonnés 825 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 7 novembre 2024
On est plus sur une comédie que sur un drame mais ça marche bien. On a le droit à certains personnages clichés c'est dommage. il y a de très beaux plans sur le désert, l'acting est bon mais pas mémorable. Je trouve que la dernière partie est un peu trop longue pour ce que c'est ça casse un peu le rythme mais ça reste un bon film.
Le signe du M
Le signe du M

5 abonnés 28 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 24 octobre 2024
Mon père cet impatient a trouver le temps long, c'est vrai. Personnellement je l'ai trouvé formidable dans son attente qui il est vrai peut être longue pour les non cinéphiles qui pense voir en le regardant un film de guerre avec explosion dans tout les sens. Car ce n'est pas ça.
Hugo_swdw
Hugo_swdw

12 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 13 octobre 2024
le film de guerre le plus anti-guerre que j'ai vu pour l'instant…
La plupart des film de guerres sont anti-guerre/anti-armé mais très souvent sur un point (une ligne directrice) : l'horreur du combat, l'horreur des entrainement, l'horreur psychologique, les trauma une fois rentré, etc... Mais ce film est une compilation de tout les film de guerre qui l'ont précéder, et le film/Sam Mendes ne s'en cache pas. Il va citer du Full Métal Jacket (c'est même quasiment un remake), du Apocalypse Now, voyage au bout de l'enfer, etc... Et la réalisation de Mendes tout comme les jeu d'acteur de se film sont… Probablement le film le mieux mis en scène de Mendes, le meilleur rôle de Jake Gyllenhaal, et le meilleur rôle de Jamie Foxx.
Un des meilleur film de guerre du cinéma.
selenie

7 445 abonnés 6 655 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 20 août 2024
On s'attend ensuite logiquement à un film de guerre plus ou moins classique, à savoir des jeunes qui vont tomber de haut en étant confronter à l'horreur de la guerre. Mais Sam Mendes va plutôt choisir un autre angle de vue, car si la guerre est dégueulasse il n'en est pas moins vrai que la grande partie du temps les soldats sont loin de chez eux, loin de tout, à attendre et à s'ennuyer, à revenir à des choses primaires où ces jeunes hommes redeviennent parfois de grands enfants qui, seulement de temps à autres, se retrouvent confronter à la réalité du terrain et aux enjeux géopolitiques qui les dépassent. C'est sur ce point que la mise en scène de Sam Mendes est aussi judicieuse que maline, ainsi il ne filme jamais des plans ou des scènes en plan large et aérien, il filme à hauteur d'homme pour que la caméra ne filme que ce que peuvent voir les soldats, en l'occurrence essentiellement Anthony Swofford/ Gyllenhaal, témoin et acteur des événements. L'atmosphère est pesant, voir anxiogène quand on perçoit un danger insidieux, puis alterne avec une sorte d'innocence en camp de scouts jusqu'à ce qu'on nous rappelle dans une fin émouvante que la guerre n'est définitivement pas un jeu. Un superbe film à conseiller.
Site : Selenie.fr
Hotinhere

790 abonnés 5 464 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 16 décembre 2023
Sam Mendes à son tour livre une satire sur l’absurdité de la guerre, à travers le quotidien monotone de soldats prêt à en découdre avec des fantômes.
Estonius

4 737 abonnés 5 466 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 4 décembre 2023
J'attends du cinéma qu'il m'apporte quelque chose, de la passion, du sentiment, de l'intérêt, du plaisir. Ce film ne m'a apporté que de l'ennui… Remarquez comment pouvait-il en être autrement puisqu'on nous filme des soldats qui s'ennuient, et encore s'ils ne faisaient que s'ennuyer mais ils font pire, ils agissent comme des loubards en uniforme (certaines scènes sont carrément débiles) et finissent par nous indifférer, d'autant que l'acteur principal Jake Gyllenhaal est aussi charismatique qu'un aspirateur balais.
Andrew Person
Andrew Person

4 abonnés 107 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 16 juin 2023
Après ce film, on attend la fin de l'innocence surtout dans le point de vue de Mendes.. Peut-être son caractère superficiel n'est pas tiré de son innocence mais plus de sa malhonnêteté. Le film se réduit à reprendre les clichés des films précédents, en y calquant la morale mainstreem de manière grossière et survisible. Le sous texte en devient inexistant.
GéDéon
GéDéon

134 abonnés 711 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 5 juin 2023
Le troisième long-métrage de Sam Mendes, sorti en 2005, aborde les horreurs de la guerre. Non pas celles directement issues des tueries et autres combats, mais surtout les effets dévastateurs sur le mental des soldats qui la mènent. A l’instar d’un « Full metal jacket », le récit évoque la formation puis le déploiement sur le terrain de jeunes Marines dans le contexte historique de la guerre du Golfe. Entre déracinement, angoisse, ennui, chaude camaraderie et dépression, le quotidien de ces militaires (Jake Gyllenhaal en tête) est parfaitement décrypté. Avec un dénouement qui porte un regard glaçant sur le retour à la maison de ces héros sacrifiés, ce film constitue une critique efficace contre l’absurdité de la guerre. Bref, peu d’action mais beaucoup de psychologie.
Lucas Tavernier
Lucas Tavernier

47 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 3 mai 2023
Je l'ai vu il y a plusieurs années mais je suis tomber dessus sur canal aujourd'hui et du coup je me mater la fin du film , l'histoire est connu et a déjà été usé jusqu'à la corde mais toujours aussi bon , et j'avais oublié à quel point la photographie était splendide .
Chevtchenko2
Chevtchenko2

49 abonnés 1 373 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 28 avril 2023
Critique sur le conflit du Golfe parfaitement réussie pour Sam Mendes. Son « Jarhead » est efficace et arrive à nous montrer l’ennui sans être jamais ennuyeux. Un bon film de guerre.
mazou31
mazou31

130 abonnés 1 361 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 20 avril 2023
Film de guerre original, tourné à hauteur de trouffions qui voudraient en découdre mais qui passent surtout leur temps à attendre. Un peu « Le déserrt des Tartares ». Pari diffcile de filmer l’ennui sans être ennuyeux… Sam Mendes y parvient (pas toujours) grâce à des bidasses attachants bien que souvent bas de plafond (mais nous ne sommes pas à la Sorbonne), soudés malgré eux par la pétoche, sinon la vraie peur, et une grande solitude dans la promiscuité permanente. On peut penser que l’absurdité de la mécaniquie miltaire est authentique – je n’en ai pas l’expérience – et la frustration devant un ennemi invisible est réaliste. Et encore ces jeunes pourront se consoler de n’être pas partis comme leurs cadets 10 ans plus tard pour des motifs inavouables et des mensonges éhontés ! Malgré des longueurs et des ratés, le film reste, pour son interprétation, sa mise en scène réussie, son montage tendu… et ses dialogues délicats, un honnête film de guerre, dans une tonalité originale.
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