S'il est une chose que Tarantino adore, c'est bien décortiquer les œuvres des cinéastes qui ont largement nourri sa cinéphilie, que ce soit des classiques absolus du 7e Art ou des productions du cinéma bis, voire Z.
De sa grande passion pour Battlefield Earth, un des pires films de tous les temps, à son amour pour le western Rio Bravo, son film de guerre fétiche déniché chez Brian de Palma, en passant par le film qu'il considère comme la plus grande œuvre néo-zélandaise, le film Rambo qu'il trouve trop édulcoré par rapport au livre dont il est adapté, ou encore son vif intérêt pour Audition, un des films les plus choquants jamais réalisés, Tarantino brasse toujours extra large.
"Dès qu'il s'installa à table, la conversation devint stratosphérique"
Il n'a aucun problème pour déboulonner de leurs piédestaux des figures totémiques du 7e Art, comme Stanley Kubrick, dont il trouve les œuvres trop froides, trop composées et manquant d'humanisme. Ou, et c'est le cas qui nous intéresse ici, le grand cinéaste que fut John Huston, deux fois oscarisé pour Le Trésor de la Sierra Madre.
C'est le bien regretté Bertrand Tavernier qui avait recueilli les propos de Q.T. lors d'un très long échange avec lui, couché dans son colossal et formidable ouvrage Amis Américains, publié pour la première fois en 1993 et réédité chez Acte Sud en 2008. Non sans une certaine ironie, c'est d'ailleurs le portrait de John Huston qui illustre la couverture de son livre.
"Dès qu'il s'installa à table, la conversation devint stratosphérique : accumulation de titres de films, de scènes racontées, de noms débités à une allure qui aurait donné à Martin Scorsese l'impression de faire du surplace" écrit Tavernier en préambule. "Je remarquais d'emblée quelque chose qui fait la marque de Quentin et que l'entretien qui suit confirme avec éclat : son goût singulier, parfois contestable, mais si convaincu et déterminé qu'il intrigue et souvent convainc".
"Il a trop fait des films de merde !"
Le réalisateur de Kill Bill lâche ceci à propos de Huston : "Je ne suis pas archi fan de Huston. Même si j'adore L'honneur des Prizzi, j'avoue que je n'ai guère de respect pour sa carrière que je trouve trop tempétueuse. Si je ne peux pas avoir confiance en quelqu'un, je ne peux pas respecter sa carrière. Et je ne peux pas me fier à John Huston parce qu'il a trop fait des films de merde !"
Tavernier objecte : "c'est l'un des rares cinéastes à avoir eu le courage de quitter Hollywood alors qu'il commençait à gagner beaucoup d'argent".
D.R.
La réponse de Tarantino fuse : "Ok, question vie hollywoodienne, John Huston est tête de liste. Sa vie fut géniale. Mais il aurait pu être plus artiste. Les parties de poker, où il mettait en jeu ses propriétés en Irlande, ca ne suffit pas. Ca l'intéressait plus que d'être un cinéaste. C'est un macho plus intéressé à tuer des éléphants ou à gagner aux cartes qu'à faire de l'art, désolé".
Pour le coup, Tarantino reprend à mauvais compte une légende tenace sur Huston : s'il fut notoirement connu pour aimer la chasse, il n'a jamais été un Big Game Hunter, un amateur de gros gibier. Et n'a jamais tiré le moindre éléphant. Cette légende a encore une fois été debunk en 2010 par sa fille, Anjelica Huston, qui évoquait au micro du Guardian le tournage homérique de l'un des chef-d'oeuvres de son père, African Queen.
"Huston va bientôt mourir et il se met à faire de bons films !"
Après avoir qualifié Key Largo de "pur film de divertissement" (ce sur quoi Tavernier n'est, là encore, pas du tout d'accord...), Tarantino parachève sa diatribe en revenant sur le film L'honneur des Prizzi, sorti en 1985 (1986 chez nous) qui mettait en scène le duo Anjelica Huston et Jack Nicholson.
"Quand j'ai vu ce film, je me suis lamenté : "mon Dieu, Huston va bientôt mourir et il se met à faire de bons films ! Ca va tout gâcher, il faut qu'il fasse un autre film ! Il ne peut pas mourir maintenant !!!" Son voeu sera bien exhaucé : Huston signera en 1987 un ultime (et grand) film, Gens de Dublin, adapté de la fameuse oeuvre de James Joyce. Une adaptation qui ne trouvera, elle non plus, pas vraiment grâce aux yeux de Tarantino.
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