Et 28 semaines plus tard, nous vint la suite de "28 ans plus tard"...
S'il nous avait fallu attendre en réalité dix-huit ans pour que Danny Boyle et Alex Garland nous offrent enfin un troisième volet à une des meilleures sagas d'infectés du grand écran, la confiance qu'ils en avaient en ce nouveau projet les a en effet poussé à l'envisager sous forme d'une nouvelle trilogie, dont ce deuxième opus "28 Ans Plus Tard: Le Temple des Morts" a été tourné dans la foulée du premier, toujours à l'aide de la plume de Garland et, cette fois, réalisé non pas par Boyle mais par Nia DaCosta ("Candyman" version 2021).
En attendant de savoir s'il y aura bel et bien un dernier film (tout dépend du succès cumulé de ces deux opus a priori), "28 ans plus tard" premier du nom avait surtout marqué les esprits par son audace forcément clivante (nous, on a beaucoup aimé), porté par un esprit punk toujours présent chez Boyle qui coupait l'herbe sous le pied à nos attentes habituelles liées à l'idée d'une franchise.
Et puis, si le film se fixait avant tout sur la destinée du jeune Spike, héros qui voulait avancer dans ce monde post-apocalyptique plutôt que d'y stagner au sein d'une tribu ayant choisi de s'y acclimater, un personnage se présentant symboliquement comme son inconsciente némésis l'ouvrait, était cité à travers des inscriptions et, surtout, le concluait de façon fracassante: Jimmy Crystal, un être vomi par la rage de cette Apocalypse, dont les yeux d'enfant rivés sur des émissions TV tels que les Teletubbies (et celles de Jimmy Savile avec lequel il partage son prénom sans que les agissements pervers de ce présentateur de la BBC n'aient eu le temps d'être révélés dans cette réalité, ce n'est évidemment pas un hasard) et le fanatisme religieux ont défini un adulte à jamais figé entre ces deux extrêmes, enfermé dans un délire explosif de croyances alliant hyper-violence et irrationalité juvénile (en ce sens, on comprend sans mal que l'ultime séquence du premier opus ait pu décontenancer mais elle était en réalité géniale et complètement cohérente, encore plus avec ce second film aujourd'hui).
Toute débute donc là où on l'avait laissé: la progression de Spike vers des horizons plus éclairés est stoppée nette par son embrigadement au sein de la bande des Jimmies dont toute la folie du fonctionnement (mais aussi quelques dissensions) va désormais nous être exposée lors de leurs rencontres avec des survivants pour lesquels il aurait peut-être mieux valu finir entre les coups de dents secs des infectés. Dès lors, s'il apparaît clair que "28 jours plus tard: Le Temple des Morts" va adopter un style visuel bien moins frénétique et expérimental que son prédécesseur, il va néanmoins se placer dans la droite continuité de son récit et de certains de ses piliers mis en place en vue d'en préparer la confrontation absolument dantesque.
Ainsi, au milieu de l'immobilisme frontalement déviant des Jimmies et les velléités d'évasion d'un Spike de facto plus effacé (mais pas moins important dans le lien dessiné avec une des membres du groupe interprétée par une géniale Erin Kellyman et amenée à jouer un rôle primordial), va se construire une des relations les plus fascinantes de ce second volet: celle entre Ian (Ralph Fiennes), incarnation de l'Ancien Monde qui en entretient la mémoire par son Temple des Morts, et le fameux Alpha, évolution la plus massive et dangereuse de l'infection du Nouveau dans laquelle le docteur va chercher à raviver les flammes d'une humanité qu'il désespère tant de retrouver, alors qu'il est lui-même prisonnier d'un esprit vif devenu forteresse de solitude.
Là où les hurlements de douleur dues aux tortures les plus infâmes vont s'entremêler à des instants aussi improbables que poétiques via une étincelle d'humanité dont on cherche à enrayer la sauvagerie qui l'a emportée (la science se posant alors en un possible outil de l'éveil de l'âme), Nia DaCosta fait progresser ses pions, ces figures vues comme presque bibliques dans ce qu'ils représentent par leurs postures à l'intérieur de cet univers infernal, vers leur inévitable face-à-face qui va tout simplement nous laisser bouche bée.
Ne tournons pas autour du pot, la dernière demi-heure de ce "Temple des Morts" est incroyable.
Certes, tout le film donne l'impression d'avoir été pensé pour en arriver là, faisant peut-être passer malgré lui ce qui a précédé comme moins fort, mais l'ensemble était néanmoins essentiel (de même que l'approche plus conventionnelle et parfois lancinante de sa réalisatrice) afin de nous emporter dans la transe hallucinante partagée avec ses personnages sur "The Number of the Beast" d'Iron Maiden (impossible d'écouter le morceau de la même façon après ça), où un déjà exceptionnel Ralph Fiennes devient au sens propre le chef d'orchestre stupéfiant de cette rencontre au sommet, où ce choc de visions antinomiques balaie même la rage des infectés lambdas dans la sublime représentation d'un cercle de l'Enfer conçue par des mains humaines, où évidemment beaucoup n'en sortiront pas indemnes, perdus dans leur obscurantisme ou sacrifiée pour le vaincre, afin de permettre à d'autres de continuer à perpétuer une lueur, aussi infime soit-elle, de ce qui pourrait façonner quelque chose de meilleur... Peut-être même en croisant une destinée fondatrice de cet univers au cinéma.
On avait beaucoup aimé "28 Ans Plus Tard", on a adoré "28 Ans Plus Tard: Le Temple des Morts" qui, à l'instar des deux anciens longs-métrages, continue de tracer le sillon d'une saga de films d'infectés ne ressemblant à aucune autre, autant par son monde post-apocalyptique original que par l'importance des thématiques essentielles y étant traitées avec un brio indiscutable.
La franchise a besoin d'un dernier opus concluant cette nouvelle trilogie. Nous aussi.