Le Parrain commence à travers un mariage pour nous introduire tous les personnages clés de l'œuvre, ainsi que la bande originale iconique de Nino Rota qui reviendra à de nombreux moments clés. En effet, toute la famille Corleone, l'une des cinq grandes familles du crime new-yorkais, est réunie et c'est celle qui sera dépeinte durant le film.
Elle nous permet de voir en premier lieu Vito Corleone : le mariage est festif à l'extérieur, mais lui est dans l'ombre. C'est le chef, il gère les affaires et doit accepter toutes les requêtes car c'est le mariage de sa fille. On peut voir dès le premier discours tous les thèmes importants : le respect, la famille, le rêve américain.
Ensuite, nous allons découvrir ses enfants : Fredo, qui est fragile, Sonny, impulsif, Connie, qui se marie avec Carlo, un bookmaker, la relation sera très vite compliquée. Tom Hagen est le fils adoptif de Vito, il est réfléchi et pourrait prétendre à reprendre la famille, mais le fait qu'il ne soit pas sicilien le bloque au rôle de consigliere.
Michael, pour finir, est différent : il arbore un costume de guerre, ayant été un héros de la Seconde Guerre mondiale. Il est détaché de sa famille, destiné à une vie loin des crimes. Il a ramené sa petite amie Kay, qui ne connaît rien de ce milieu, introduite en même temps que nous à la famille Corleone.
Bref, ce moment festif cache la véritable nature de la famille, on va s'attacher à elle. Très vite, on va découvrir leurs agissements, mais le tout dans un code d'honneur. En effet, ils font des atrocités, mais dans un but qu'ils jugent louable, Vito veut protéger sa famille en étendant son empire et donc leur offrir plus de sécurité et de pouvoir.
Les répliques dans ce film sont légendaires, notamment « I’m going to make him an offer he can’t refuse », qui est un running gag revenant souvent, mais fort de sens, suggérant une intimidation mais de façon élégante. Les scènes violentes de règlements de comptes pleuvent, et toujours proches d'une orange, comme la scène devenue culte où Vito achète des oranges au marché.
Il va y avoir des réactions en chaîne, avec des exécutions et des trahisons au sein des familles new-yorkaises suite à un désaccord sur le commerce de drogue, Vito voulant encore être moral dans l'illégalité, ce qui va amener Michael, le petit dernier destiné à une vie dans la légalité, à s'improviser mafieux, notamment dans la scène de l'hôpital ou du restaurant, le faisant définitivement entrer dans ce monde.
Michael, forcé de s'exiler en Sicile, nous fait retrouver la tranquillité dans les paysages de Corleone, la ville d'origine de Vito. C'est une suspension dans le temps et dans l'histoire, permettant de respirer. Michael, qui était très américanisé, renoue avec ses racines, se forge et va même se marier avec Apollonia, une Sicilienne. Il mène une vie paisible au goût de vacances jusqu'à ce qu'un drame lui rappelle qui il est.
De retour, beaucoup de règlements de comptes vont avoir lieu, ainsi que des trahisons, et le film devient haletant. Cependant, il y a peut-être un peu trop de personnages, ce qui rend les affaires de trahison difficiles à suivre.
Toutefois, Michael embrasse son rôle de parrain aussi bien au sens strict avec sa nièce qu'au sens figuré avec les affaires de mafia, ce qui est montré brillamment lors d'une scène de baptême au montage parallèle avec des exécutions pleines de sens. Kay ne reconnaît plus son mari, ce qui laisse place à la dernière scène du film, d'autant plus iconique, avec la porte qui se ferme, clôturant le film mais aussi ternissant la relation avec Kay, à qui il avait promis de se détacher du crime.
La morale est remise en question. Nous comprenons enfin comment ce film a influencé le cinéma et d'où viennent les nombreuses références qui en découlent.